Yassir Zabiri a marqué les deux buts du Maroc contre l’Argentine en finale de la Coupe du monde U20 2025, le 19 octobre à Santiago. Son coup franc de la 12e minute et sa reprise de la 29e ont donné aux Lionceaux de l’Atlas leur premier titre mondial dans cette catégorie. L’attaquant a terminé le tournoi avec cinq buts et reçu le Ballon d’argent de la FIFA. Pour mesurer sa contribution sans effacer celle de ses partenaires, il faut reprendre la fabrication des deux buts, son parcours dans la compétition et la différence entre les récompenses individuelles.
Un attaquant au centre d’un projet de formation
L’article FootBantu sur la formation et le parcours d’Achraf Hakimi rappelle que le football marocain associe des voies de progression diverses. Dans le cas de Zabiri, la FIFA identifie l’Académie Mohammed VI comme une étape de formation. Elle précise que quatre titulaires de la finale contre l’Argentine en étaient issus : Fouad Zahouani, Yassine Khalifi, Hossam Essadak et Zabiri. Ce détail donne au doublé une histoire plus longue que les vingt-neuf premières minutes d’une finale.
Une académie ne marque pas les buts à la place de ses anciens joueurs. Elle peut cependant fournir des années d’entraînement, de confrontations et de suivi. La performance du Chili ne suffit pas à mesurer toute la qualité d’un système de formation; elle montre qu’au moins quatre joueurs de cette filière ont atteint ensemble une finale mondiale. Il faut aussi compter les parcours venus d’autres clubs et de la diaspora. Le succès de la sélection ne se laisse pas attribuer à une institution unique, même si l’Académie Mohammed VI en a constitué un apport important.
La Coupe du monde U20 réunit des joueurs encore en transition vers le football senior. Une grande finale peut accélérer leur reconnaissance, mais elle ne dispense pas d’apprendre à répéter les efforts dans une saison de club. Zabiri y arrive avec des qualités utiles à l’attaque de Mohamed Ouahbi : courses vers le but, disponibilité dans la surface et capacité à finir sur des gestes différents. La finale en fournira deux exemples contrastés. L’un naît d’un ballon arrêté, l’autre d’une récupération et d’un centre en mouvement.
Ses buts avant la finale : Espagne, Brésil, Corée
Zabiri ouvre son compteur du tournoi contre l’Espagne lors de la première journée du groupe C. Le Maroc s’impose 2-0 et l’attaquant marque à la 54e minute. Le compte rendu FIFA du 28 septembre mentionne aussi une occasion manquée très tôt dans la rencontre. Le contraste est instructif : la première tentative ratée ne l’a pas empêché d’être décisif ensuite. Dans un tournoi court, un avant-centre doit continuer à demander le ballon après un échec, sans changer chaque décision en urgence.
Son deuxième but est inscrit lors de la victoire 2-1 face au Brésil. La page des résultats de la FIFA confirme le score; les cinq buts de Zabiri sur l’ensemble de l’épreuve sont également recensés par la FIFA. Marquer contre l’Espagne puis le Brésil, deux sélections ayant déjà gagné la compétition, a donné à son équipe des points décisifs. Cela n’en faisait pas encore le joueur d’un seul grand match : la suite demandait de produire à nouveau dans une phase à élimination directe.
Contre la République de Corée en huitième, Zabiri joue un rôle dans les deux buts marocains sans que les deux lui soient attribués. Sa tentative acrobatique de la 8e minute est déviée contre son camp par Shin Minha : le but est compté comme un contre son camp, pas comme une réalisation de Zabiri. À la 58e minute, il marque de la tête sur un centre d’Othmane Maamma. La FIFA rapporte cette attribution précise dans son compte rendu du 2-1 marocain. Respecter la feuille de match permet de valoriser l’influence de l’attaquant sans lui ajouter un sixième but fictif.
Il ne marque pas lors du quart gagné 3-1 contre les États-Unis ni de la demi-finale face à la France, conclue aux tirs au but après un 1-1. Ces deux rencontres indiquent que le Maroc pouvait avancer sans dépendre entièrement de son avant-centre. Les autres attaquants, les milieux, les défenseurs et les gardiens ont alors assumé la charge du résultat. Pour Zabiri, elles ont aussi préservé un rôle de menace : un buteur qui n’a pas marqué la veille peut encore attirer l’attention des défenseurs et ouvrir des espaces aux partenaires.
À la 12e minute, un coup franc après la vidéo
La finale débute contre une Argentine qui a gagné ses six matches précédents. Zabiri part dans la profondeur et se présente face au gardien Santino Barbi. Celui-ci le heurte après sa tentative de lob. Les Marocains réclament une expulsion et un penalty. Après examen vidéo, la décision retenue est un carton jaune pour Barbi et un coup franc à proximité de la surface. Le récit officiel de la FIFA détaille cette séquence. Préciser la décision finale évite de transformer la scène en penalty imaginaire.
Zabiri prend le coup franc et envoie le ballon dans la lucarne. Le Maroc mène 1-0 à la 12e minute. Un tir arrêté de cette qualité exige une exécution technique précise, mais son effet est également tactique : l’Argentine doit désormais venir chercher l’égalisation. Le plan des Lionceaux peut s’appuyer sur une défense organisée et des sorties rapides. Le premier but modifie donc les espaces disponibles pour le deuxième, même si le groupe marocain doit encore les exploiter.
Ce coup franc est le geste le plus facilement isolable en vidéo. Il serait pourtant trompeur de raconter qu’il est né sans action précédente. La course de Zabiri a forcé Barbi à sortir; la faute a offert une position favorable; la consultation vidéo a déterminé la nature de la sanction; le joueur a ensuite exécuté le tir. Chaque maillon a compté. Dire cela ne retire rien à la qualité de la frappe, mais permet de comprendre pourquoi cette occasion s’est présentée dès le début de la finale.
À la 29e minute, une récupération et un centre
Le deuxième but se construit autrement. Ismaël Baouf récupère le ballon, puis le transmet à Othmane Maamma. Le centre de l’ailier traverse la défense et Zabiri le reprend de volée. La FIFA décrit cette transition dans son compte rendu de la finale. Au tableau d’affichage, le but appartient à Zabiri; dans la construction, il dépend d’une intervention défensive et d’une passe bien ajustée. Cette chaîne révèle la complémentarité du Maroc plus sûrement qu’un portrait isolé du buteur.
Le timing importe. L’Argentine cherchait à répondre au 1-0 et s’exposait davantage lorsqu’elle avançait. Le Maroc avait besoin de ne pas perdre le ballon aussitôt après l’avoir récupéré. Baouf a gagné la première étape; Maamma a trouvé la zone; Zabiri a attaqué l’espace et conclu. Un joueur qui reprend de volée doit ajuster sa course avant même l’arrivée du centre. Les images de la FIFA montrent une finition rapide, mais la décision déterminante commence aussi dans son placement.
À 2-0 après moins d’une demi-heure, la finale n’est pas terminée. L’Argentine a eu des possibilités avant la pause et davantage de possession ensuite. La défense marocaine a protégé l’avance, notamment autour de Baouf et Zahouani, sans laisser le gardien Ibrahim Gomis être constamment sollicité. Le doublé a donné une marge; la structure collective l’a préservée. Cette différence compte pour décrire correctement le rôle de Zabiri : il a décidé le score, mais il n’a pas gagné seul les soixante minutes restantes.
Cinq buts et un Ballon d’argent, avec un départage précis
La finale porte le total de Zabiri à cinq réalisations : une face à l’Espagne, une face au Brésil, une face à la République de Corée et deux contre l’Argentine. La tentative déviée contre son camp en huitième n’entre pas dans ce total. Cinq buts le placent parmi les meilleurs marqueurs de la compétition. Le nombre seul ne suffit cependant pas à attribuer le Soulier d’or, puisqu’un règlement de départage départage les joueurs à égalité.
Le palmarès officiel FIFA donne le Ballon d’or de meilleur joueur à Othmane Maamma et le Ballon d’argent à Zabiri. Pour le Soulier d’or, Benjamin Cremaschi, joueur des États-Unis, est premier. Lui aussi a marqué cinq buts, mais ses deux passes décisives le placent devant les autres joueurs à égalité. Neyser Villarreal et Lucas Michal reçoivent les Souliers d’argent et de bronze; Zabiri ne reçoit pas de Soulier. Cette précision évite de reproduire une erreur présente dans certains comptes rendus publiés immédiatement après la finale.
Le Ballon d’argent de Zabiri ne vaut pas moins parce qu’il n’a pas le Soulier d’or. Les deux prix répondent à des questions différentes. Le premier distingue sa performance globale parmi les joueurs du tournoi; le second classe les buteurs selon des règles statistiques. Être l’auteur d’un doublé en finale, compter cinq buts et finir deuxième dans le vote du meilleur joueur constitue déjà un bilan remarquable. Ajouter un prix inexistant n’améliore pas ce bilan; cela le rend moins crédible.
Le cas Maamma apporte un autre éclairage. Son centre pour le deuxième but illustre une influence qu’un total de buts ne contient pas. Notre article sur les différences entre le Ballon d’or mondial et le Joueur africain de l’année rappelle pourquoi il faut toujours nommer précisément le trophée, son organisateur et sa période d’évaluation. Ici, il s’agit des récompenses de la Coupe du monde U20 2025 décernées par la FIFA, et non du Ballon d’Or attribué à la meilleure saison du football senior.
Le sacre d’une génération, pas une carrière déjà écrite
Zabiri rejoint les joueurs marocains dont un geste a marqué un grand tournoi international. Le parcours du Maroc au Mondial 2022 concerne une autre compétition et une autre génération. Comparer les deux moments est utile pour mesurer la place grandissante des sélections marocaines dans le football mondial, mais il serait excessif d’en déduire que la carrière senior de Zabiri suivra exactement celle d’un joueur de 2022. Les réussites de jeunesse ouvrent des portes; elles ne prescrivent pas toutes les étapes suivantes.
La FIFA souligne l’importance des académies et du repérage de joueurs évoluant à l’étranger dans la progression récente du Maroc. Pour un attaquant, la suite passe par des minutes de jeu, des responsabilités répétées et une adaptation à des défenses adultes plus expérimentées. Pour la sélection, elle passe par la capacité de proposer un chemin entre U20 et équipe senior sans promettre à tous les titulaires la même place. Le doublé de Santiago vaut comme une preuve de performance à une date précise, pas comme une garantie future.
L’Afrique dispose désormais de deux vainqueurs dans l’histoire du Mondial U20 : le Ghana de 2009 et le Maroc de 2025. Zabiri a inscrit les deux derniers buts du second sacre. Il a aussi bénéficié d’une équipe qui récupérait le ballon, créait des centres et défendait son avance. Ce récit partagé est celui qui permet de mesurer vraiment sa finale : deux finitions de nature différente, préparées par un collectif capable d’aller au bout.
Sources officielles
La FIFA rapporte les deux buts et leur construction dans son compte rendu de la finale. Ses pages sur le match face à l’Espagne, le huitième contre la République de Corée, le palmarès des récompenses et la formation des joueurs marocains complètent la vérification.
