Deux buts en finale contre Madagascar ont porté Oussama Lamlioui à six réalisations lors du CHAN 2024, joué en août 2025. Son second but, une frappe lointaine à la 80e minute, a offert au Maroc une victoire 3-2 et un troisième titre dans la compétition. La CAF lui a attribué le prix de meilleur buteur du tournoi. Le chiffre raconte une partie de son impact ; la chronologie des rencontres montre pourquoi ses buts ont compté autant que leur total. La CAF emploie aussi la graphie « Lamlaoui » dans certains de ses comptes rendus. Nous suivons ici « Lamlioui », utilisée dans son article francophone consacré au Soulier d’or.
Le CHAN, une scène pour les joueurs du championnat national
Le guide FootBantu sur la CAN, le CHAN et les coupes de clubs situe le cadre de sa performance : le Championnat d’Afrique des nations réunit des sélections composées de joueurs évoluant dans le championnat de leur propre pays. Cela distingue le tournoi de la CAN, ouverte à des internationaux basés dans de nombreux championnats. Pour Lamlioui, joueur de la RS Berkane au moment de cette campagne, le CHAN offre une scène internationale directement liée au football marocain de club. La CAF précise les dates de l’édition : le tournoi appelé « 2024 » s’est déroulé du 2 au 30 août 2025.
Le Maroc avait déjà remporté le CHAN en 2018 et en 2020. Cette histoire crée une attente, mais elle ne marque aucun but dans l’édition suivante. Le groupe dirigé par Tarik Sektioui doit affronter un calendrier, des adversaires et une pression nouveaux. Le tournoi est organisé dans trois pays, Kenya, Tanzanie et Ouganda, et le Maroc change de cadre en avançant. Le rôle de l’attaquant est d’apporter une solution lorsqu’un adversaire ferme les espaces ou lorsque le score oblige l’équipe à prendre davantage de risques.
Cette mission ne se réduit pas à attendre un centre dans la surface. Un avant-centre peut fixer un défenseur pour ouvrir une course à un partenaire, offrir un appui court au milieu ou menacer la profondeur afin de repousser une ligne adverse. Lamlioui est surtout jugé sur les buts parce qu’ils sont visibles et décisifs. Pour comprendre sa compétition, il faut pourtant observer les moments où le Maroc avait besoin de lui : la qualification du groupe, le quart de finale contre un pays hôte et le dernier match face à un adversaire qui ne cédait pas.
Trois buts dans le groupe, dont deux face à la RD Congo
Le Maroc commence par battre l’Angola 2-0, puis perd 1-0 contre le Kenya. Ce revers signifie que les Lions de l’Atlas ne peuvent pas se reposer sur leur statut de favoris. Ils reprennent leur marche avec une victoire 3-1 contre la Zambie. Lamlioui marque dans cette rencontre. Le but intervient avant une dernière journée décisive face à la RD Congo, autre sélection capable de se qualifier. À ce stade, une bonne impression générale ne suffit plus : il faut un résultat pour rejoindre les quarts de finale.
Contre les Congolais, le Maroc gagne 3-1 et Lamlioui inscrit un doublé. Mohamed Rabie Hrimat ajoute un penalty. La rétrospective de la CAF sur le parcours marocain confirme ces repères et la deuxième place finale du Maroc dans le groupe A, derrière le Kenya. Le doublé ne sert donc pas à embellir une victoire déjà sans enjeu : il participe directement à la qualification d’une équipe qui avait connu un faux pas.
À l’issue des groupes, Lamlioui partage la tête du classement des buteurs avec Allan Okello, de l’Ouganda, et Thabiso Kutumela, d’Afrique du Sud : chacun compte trois réalisations, selon la synthèse statistique de la CAF. Ce repère met son efficacité en perspective sans conclure que la course au Soulier d’or était jouée. Les matches à élimination directe peuvent redistribuer le classement, et le Maroc doit encore gagner pour offrir à son attaquant d’autres occasions de marquer.
Un but pour éliminer la Tanzanie à domicile
En quart de finale, les Marocains retrouvent la Tanzanie à Dar es Salaam. L’adversaire joue devant son public et vient de terminer en tête du groupe B. Ce contexte ne rend pas automatiquement la Tanzanie favorite, mais il donne à la rencontre une intensité supplémentaire. Le Maroc doit défendre sans se laisser entraîner par l’ambiance et attaquer sans ouvrir des espaces trop vastes derrière le ballon. Dans un match serré, la première réalisation peut suffire.
Lamlioui marque l’unique but du 1-0 sur une action préparée avec Youssef Belammari. La CAF décrit un avant-centre qui se rend disponible au bon moment et conclut l’occasion offerte. Cette quatrième réalisation lui permet de prolonger sa compétition et au Maroc d’accéder aux demi-finales. La victoire ne procède pas d’une avalanche d’attaques ou d’un grand écart de niveau : elle récompense une efficacité à l’intérieur d’un rapport de forces tendu. Le portrait officiel du joueur avant la demi-finale situe son but face à la Tanzanie dans cette progression.
Le parcours marocain est alors instructif pour évaluer un buteur. Trois buts de groupe l’ont placé parmi les meilleurs ; celui du quart maintient l’équipe dans le tournoi. Un classement individuel dépend aussi du collectif : sans défense capable de protéger l’avantage, sans partenaires capables de l’alimenter et sans qualification pour le tour suivant, le même attaquant aurait eu moins de temps pour peser sur la course au prix. C’est pourquoi le Soulier d’or de Lamlioui se lit à la fois comme une réussite personnelle et comme le produit d’une équipe qui l’a conduit jusqu’à la finale.
Une demi-finale gagnée sans but dans le jeu pour lui
La demi-finale contre le Sénégal, tenant du titre, rappelle que le parcours d’un attaquant ne progresse pas mécaniquement d’un but à chaque match. Les deux équipes font 1-1 après prolongation. Lamlioui ne marque pas dans le jeu, mais transforme son tir lors de la séance remportée 5-3 par le Maroc. Une tentative réussie aux tirs au but compte dans le résultat de la confrontation ; elle ne s’ajoute pas au total des buts personnels du tournoi. Cette distinction explique pourquoi le joueur aborde la finale avec quatre buts, puis la quitte avec six.
Le compte rendu officiel de la demi-finale cite les cinq tireurs marocains ayant réussi leur tentative. Il indique aussi une tête de Lamlioui détournée en fin de prolongation. Le Sénégal l’a empêché de conclure dans le cours du match, mais le Maroc a tout de même trouvé le moyen d’avancer. Cette nuance importe : le joueur n’a pas gagné seul chaque tour, et le titre de meilleur buteur ne signifie pas qu’il a toujours été l’unique réponse offensive.
L’adversaire de la finale est Madagascar, qui a sorti le Kenya puis le Soudan. Notre article sur le parcours des Barea à la CAN 2019 rappelle que le pays a déjà connu un rendez-vous continental marquant, dans une compétition différente. Au CHAN, sa qualification pour une première finale ne relève pas d’une simple curiosité géographique. Les Barea ont traversé un groupe difficile, gagné une séance et marqué très tard en demi-finale. Pour Lamlioui et ses partenaires, le dernier match demande donc autre chose que d’afficher les deux titres marocains antérieurs.
Deux gestes différents dans une finale à cinq buts
La finale du 30 août à Nairobi commence par un but malgache de Félicité Manohantsoa. Youssef Mehri égalise, puis Lamlioui donne l’avantage au Maroc à la 44e minute. Son premier but place l’équipe devant à la pause, sans clore le match. Toky Rakotondraibe ramène Madagascar à 2-2 dans la seconde période. Le Maroc doit alors trouver une nouvelle solution contre un adversaire qui vient de répondre à deux buts consécutifs. Dans cette situation, la prudence et le risque se mêlent : attaquer pour gagner expose aussi aux transitions malgaches.
À la 80e minute, Lamlioui voit le gardien Michel Ramandimbisoa avancé et tente une frappe d’environ quarante yards. Le ballon termine dans le but et fixe le score à 3-2. La CAF décrit ce geste dans son récit de la finale. Il serait réducteur de présenter l’action comme un simple pari heureux. Le tir suppose de regarder la position du gardien, de décider très vite et d’avoir la précision nécessaire pour que le ballon passe avant le retour de la défense. La distance en fait une image forte ; le contexte du 2-2 lui donne sa valeur sportive.
Les deux buts de la finale montrent deux dimensions de son efficacité. Le premier récompense sa présence à proximité de la surface, au moment où le Maroc reprend l’initiative. Le second utilise l’espace laissé par un gardien avancé et par une équipe malgache qui cherche elle aussi à gagner. Aucun n’efface le travail de Mehri, de Belammari, de Hrimat ou des autres joueurs qui ont soutenu la campagne. La victoire 3-2 donne au Maroc son troisième CHAN, tandis que le doublé conduit Lamlioui à six buts et au prix de meilleur buteur.
Ce que six buts mesurent, et ce qu’ils ne mesurent pas
Le total final place Lamlioui seul devant les autres buteurs. La CAF confirme le Soulier d’or et les cinquième et sixième buts inscrits en finale. Le même compte rendu rappelle la tradition marocaine dans ce tournoi, avec Ayoub El Kaabi en 2018 et Soufiane Rahimi en 2020. Ces comparaisons donnent une profondeur historique, à condition de respecter les éditions et leurs contextes. Les oppositions, les formats et les parcours ne sont pas identiques ; une ligne de statistiques seule ne dit pas quel avant-centre fut le plus complet.
Il faut également distinguer le CHAN de la Coupe de la Confédération. Lamlioui a marqué pour la RS Berkane dans la compétition de clubs remportée en 2025, et ces buts appartiennent à une autre campagne. Le premier titre de Pyramids en Ligue des champions de la CAF offre un autre repère sur les succès de clubs africains cette année-là, dans une troisième compétition. La saison 2024-2025 a permis d’observer Lamlioui dans deux environnements : son club, puis une sélection de joueurs locaux. On peut relever cette continuité sans additionner des statistiques qui ne mesurent pas la même chose.
La tentation est grande de voir dans six buts une garantie de sélection durable avec l’équipe A du Maroc. Une telle conclusion serait prématurée. Le staff national évalue aussi le niveau des adversaires futurs, la concurrence au poste, la forme du joueur et les besoins de son système. Un CHAN réussi enrichit le dossier sportif de Lamlioui ; il ne décide pas à lui seul des prochaines convocations. La meilleure façon de suivre la suite de son parcours reste d’observer son temps de jeu et ses performances dans les compétitions où il participe effectivement, plutôt que de lui attribuer une trajectoire annoncée à l’avance.
Le CHAN 2024 a révélé un buteur capable de peser sur plusieurs tours, mais il a aussi mis en valeur le championnat national qui lui permettait d’être éligible et une équipe marocaine capable de surmonter une défaite de groupe. La finale a donné à cette histoire son image la plus forte : une frappe lointaine pour départager deux finalistes à 2-2. Son sens se comprend pleinement lorsqu’on se souvient des quatre buts qui avaient conduit Lamlioui jusque-là, des partenaires qui l’ont servi et du parcours malgache qu’il a fallu battre.
Sources officielles
La CAF détaille les dates et le format du CHAN 2024, les trois buts de Lamlioui en phase de groupes, la victoire sur la Tanzanie, la demi-finale contre le Sénégal, la finale face à Madagascar et le classement final des buteurs.
