Le Maroc a remporté la Coupe du monde U20 2025 au Chili en battant l’Argentine 2-0 lors de la finale du 19 octobre, avec deux buts de Yassir Zabiri. Ce premier titre mondial des Lionceaux de l’Atlas a conclu un parcours de sept matches qui ne se résume pas à une seule soirée : victoires contre l’Espagne et le Brésil en groupe, réaction après une défaite contre le Mexique, trois tours à élimination directe maîtrisés de façons différentes, puis une finale menée dès la première période. Le succès est aussi une étape pour l’Afrique, dont le seul précédent vainqueur U20 était le Ghana en 2009.

Le Maroc revient après vingt ans d’absence

Notre récit du titre mondial U20 du Ghana en 2009 permet de situer la rareté d’un tel résultat. Avant la 24e édition, disputée en 2025, une seule sélection africaine avait soulevé la coupe. La FIFA rappelle dans son bilan officiel que le Maroc n’avait plus pris part au tournoi depuis 2005, édition qu’il avait terminée à la quatrième place. Son retour en 2025 ne garantissait donc ni familiarité avec le format ni qualification automatique pour les tours finaux.

Quelques mois plus tôt, les joueurs de Mohamed Ouahbi avaient atteint la finale de la CAN U20. L’Afrique du Sud les avait battus 1-0 au Caire. Cette défaite donne un contexte important au sacre mondial : la génération marocaine était déjà compétitive sur son continent, mais elle n’avait pas remporté le tournoi de qualification. Le passage de finaliste africain à champion du monde n’est pas une progression linéaire que l’on pourrait déduire du score d’une finale. Il résulte d’une nouvelle préparation et d’une suite de réponses aux adversaires rencontrés au Chili.

Le groupe C associait le Maroc à l’Espagne, au Brésil et au Mexique. Ces trois noms représentent des écoles de jeu et des réputations fortes dans les compétitions de jeunes. Le format permettait aux deux premiers de chaque groupe, ainsi qu’aux meilleurs troisièmes, de passer en huitièmes. Pour le Maroc, il était essentiel de commencer par des points. Un calendrier prestigieux peut inspirer, mais il laisse peu de place à une entrée hésitante quand seulement trois rencontres déterminent la position de départ pour le tableau final.

Deux victoires de groupe contre l’Espagne et le Brésil

Le 28 septembre à Santiago, le Maroc bat l’Espagne 2-0. Après une première période sans but, Zabiri ouvre le score à la 54e minute et Gessime Yassine double la mise quatre minutes plus tard. La FIFA décrit ces deux réalisations et la physionomie du match. La rapidité avec laquelle l’équipe a marqué deux fois a modifié la rencontre : l’Espagne devait prendre davantage de risques, tandis que les Marocains pouvaient défendre leur avantage et exploiter les espaces laissés dans leur dos.

Une victoire inaugurale face à l’Espagne n’était pourtant pas un titre. Le Brésil constituait un deuxième test, face à une sélection également habituée aux grands rendez-vous U20. Le Maroc s’est imposé 2-1. La FIFA mentionne expressément dans son bilan les victoires contre ces deux anciens champions du monde. En six points pris contre deux adversaires réputés, les Lionceaux ont construit une position favorable avant la dernière journée, tout en montrant qu’ils pouvaient créer des occasions contre des styles différents.

Cette séquence a fait apparaître plusieurs fonctions complémentaires. Othmane Maamma apportait de la percussion et du service depuis son couloir; Zabiri occupait les zones de finition; Gessime Yassine ajoutait une autre solution offensive. Derrière eux, le travail des milieux et des défenseurs limitait les transitions adverses. Un buteur ne reçoit pas une occasion tout seul : il dépend de récupérations, de courses qui déplacent la défense et de passes bien choisies. Le score de la finale rappellera cette interdépendance.

Le Mexique a ensuite battu le Maroc 1-0 dans le dernier match du groupe. Le futur champion du monde n’a donc pas réalisé un tournoi sans défaite. Ce revers empêchait de traiter les deux premiers succès comme la preuve que tous les matches seraient gagnés de la même manière. Il obligeait les joueurs à repartir avec des repères concrets : conserver une structure quand le match se ferme, choisir le bon moment pour accélérer et ne pas laisser une première contrariété effacer les résultats déjà acquis.

La République de Corée puis les États-Unis

En huitième de finale, le Maroc rencontre la République de Corée. Ismaël Baouf sauve très tôt un ballon sur sa ligne, rappelant qu’un match à élimination directe peut changer dès la troisième minute. Quelques instants plus tard, une tentative acrobatique de Zabiri est déviée contre son camp par Shin Minha. La FIFA détaille le 2-1 marocain : Zabiri marque ensuite de la tête sur un centre de Maamma à la 58e minute, avant que Kim Taewon ne réduise l’écart sur penalty dans le temps additionnel.

Ce huitième est révélateur parce que le Maroc y a connu à la fois une alerte défensive, une avance de deux buts et une fin resserrée. La qualification ne tient pas uniquement à la finition de l’avant-centre. Le sauvetage initial de Baouf a permis de garder la rencontre ouverte; le deuxième but a donné une marge; l’équipe a dû protéger cette marge jusqu’au terme. Ce sont trois tâches différentes, toutes nécessaires pour avancer. Dans un tournoi court, une sélection doit les réussir le même soir.

Les États-Unis attendent ensuite le Maroc en quart de finale. Le résultat final, 3-1 pour les Lionceaux, est confirmé par le tableau officiel des éliminatoires publié par la FIFA. Le score plus large ne doit pas transformer cette rencontre en étape facile a posteriori : les Américains avaient atteint les quarts en dominant l’Italie au tour précédent et possédaient un joueur qui allait recevoir le Soulier d’or de la compétition, Benjamin Cremaschi.

Pour le Maroc, ce quart témoigne d’une autre capacité : marquer plusieurs fois dans une rencontre couperet, sans dépendre d’un unique exploit tardif. Quand l’adversaire cherche à revenir, il faut continuer à produire des sorties de balle et menacer la profondeur. Cette alternance entre protection et prise d’initiative a accompagné tout le parcours. Elle éclaire les performances de Maamma et Yassine, souvent résumées à leurs statistiques alors que leurs déplacements ont également aidé l’équipe à progresser sur le terrain.

La France, une demi-finale gagnée aux tirs au but

Face à la France, le Maroc n’a pas obtenu la même marge. Les deux équipes ont terminé à 1-1 après prolongation, avant une séance gagnée 5-4 par les Lionceaux. La FIFA enregistre ce score dans son tableau final. Une séance de tirs au but ne se confond pas avec une domination dans le jeu : elle juge une série de frappes et d’arrêts après une rencontre restée indécise. Elle a néanmoins révélé la préparation et le sang-froid du groupe marocain.

Cette demi-finale rappelle le danger des récits trop propres. Un futur champion peut être poussé jusqu’à la dernière tentative, tandis qu’un adversaire éliminé a été suffisamment fort pour l’empêcher de gagner en 120 minutes. Décrire la qualification du Maroc comme un parcours inévitable effacerait la résistance française et l’incertitude propre à un tournoi. Le titre prend au contraire davantage de relief lorsqu’on reconnaît ce passage difficile, puis la capacité du groupe à repartir en finale quatre jours plus tard.

Pour les supporters marocains, le parcours avait déjà une valeur historique : une première finale mondiale U20. Mais une finale n’est pas encore un titre, et l’Argentine possédait six couronnes dans la compétition. La question pour Ouahbi était de préparer une dernière rencontre après l’effort physique et nerveux de la demi-finale. Le staff devait choisir son équipe, préserver l’équilibre défensif et maintenir suffisamment d’énergie sur les côtés pour attaquer un adversaire qui avait gagné tous ses matches précédents.

Une finale décidée dans la première demi-heure

Le 19 octobre, le Maroc prend l’avantage dès la 12e minute. Après une action de Zabiri et une faute du gardien Santino Barbi à l’entrée de la surface, l’arbitrage vidéo confirme un coup franc et un carton jaune, plutôt que le penalty et l’expulsion demandés par les Marocains. Zabiri transforme le coup franc. À la 29e minute, Baouf récupère le ballon, Maamma centre et Zabiri reprend pour le 2-0. Le récit de la finale par la FIFA décrit précisément cette succession.

Le deuxième but illustre la force collective que le premier pouvait masquer. Une récupération défensive précède la passe, le centre demande un déplacement juste et la reprise de Zabiri conclut. La finale s’est ensuite transformée : l’Argentine a eu davantage le ballon et obtenu plusieurs corners; le Maroc devait conserver son organisation. La FIFA souligne la tenue d’Ismaël Baouf, Fouad Zahouani et de leurs partenaires devant le gardien Ibrahim Gomis. Il ne suffit pas de marquer tôt pour devenir champion : il faut aussi empêcher le retour de l’adversaire pendant une heure.

Au coup de sifflet final, le Maroc devient le deuxième pays africain champion du monde U20 après le Ghana. La victoire est la première de la sélection marocaine dans cette compétition, non la première de toutes les équipes africaines. Cette précision donne au résultat son juste relief. Notre analyse de la demi-finale marocaine au Mondial senior 2022 traite une autre génération et un autre tournoi; les deux histoires peuvent être rapprochées comme des jalons du football national, sans prétendre qu’un succès U20 garantit un titre au niveau senior.

Le Ballon d’or de Maamma et la place de Zabiri

Les distinctions individuelles du tournoi révèlent une réussite partagée. Selon le palmarès officiel de la FIFA, Othmane Maamma reçoit le Ballon d’or de meilleur joueur, Yassir Zabiri le Ballon d’argent. Zabiri finit la compétition avec cinq buts, dont deux en finale. Le Soulier d’or du meilleur buteur est cependant attribué à Benjamin Cremaschi : plusieurs joueurs ont marqué cinq fois, et les passes décisives ont servi au départage. Il serait donc inexact de présenter Zabiri comme détenteur de ce trophée précis.

L’association de Maamma et Zabiri raconte mieux l’équipe qu’une opposition entre leurs récompenses. Le premier a contribué à créer et servir des occasions; le second a conclu les deux actions majeures de la finale. Leurs rôles n’étaient pas interchangeables. À leurs côtés, Yassine, Baouf, Zahouani, Gomis et les autres ont assumé des responsabilités que les récompenses ne couvrent pas toutes. Un prix individuel sélectionne une performance remarquable, mais le résultat d’une coupe appartient au groupe entier.

Le titre mondial peut aider la formation marocaine à attirer davantage l’attention sur ses jeunes joueurs. Il ne démontre pas, à lui seul, que chacun aura une carrière senior identique. Les transitions de catégorie demandent du temps de jeu, un environnement de club adapté, une progression physique et des choix de sélection. Les structures peuvent profiter de la visibilité du tournoi en soutenant ces étapes. Le premier titre U20 du Sénégal à la CAN 2023 offre un autre exemple de l’importance des équipes de jeunes dans l’écosystème africain, sans fournir une formule unique de réussite.

Le parcours marocain de 2025 laisse donc un enseignement plus précis qu’une simple célébration : il a fallu battre de grandes nations dès la phase de groupes, réagir à une défaite, résoudre trois matches à élimination directe aux rythmes différents, puis protéger une avance acquise tôt contre l’Argentine. La valeur du titre tient autant à cette variété qu’au score de la finale. Pour l’Afrique, le Ghana n’est plus seul au palmarès U20; pour le Maroc, les Lionceaux ont donné une nouvelle référence à une génération de joueurs et d’éducateurs.

Sources officielles

Les résultats du parcours viennent du calendrier et des scores de la FIFA, de son tableau des éliminatoires, de son compte rendu de la finale et de son palmarès des distinctions individuelles. Le bilan annuel de la FIFA confirme la place du Maroc parmi les vainqueurs africains.