Le 30 août 2025, Madagascar a disputé sa première finale du Championnat d’Afrique des nations. Les Barea se sont inclinés 3-2 contre le Maroc à Nairobi, mais leur médaille d’argent a confirmé une progression commencée par une troisième place lors de leur première participation. Le parcours n’avait rien d’une marche tranquille : après un nul et une défaite dans le groupe B, la sélection a dû gagner pour rester en vie, puis éliminer le Kenya aux tirs au but et le Soudan en prolongation. La CAF désigne officiellement le tournoi sous le nom de « CHAN 2024 », bien que ses rencontres se soient déroulées en août 2025.

Un tournoi de joueurs locaux, disputé en 2025

Notre guide des différences entre CAN, CHAN et coupes de clubs rappelle le principe du CHAN : les sélections y présentent des joueurs évoluant dans le championnat de leur propre pays. Ce cadre donne à la campagne malgache un sens particulier. Les performances des Barea ont rendu visibles des footballeurs et des méthodes de travail liés au football domestique, sans que l’on puisse déduire d’un seul tournoi la santé de tous les clubs du pays. La présentation officielle de la CAF fixe les dates du 2 au 30 août 2025 et confirme l’organisation conjointe du Kenya, de la Tanzanie et de l’Ouganda.

Le millésime 2024 appartient donc au nom de l’édition, non à la date de sa finale. Préciser les deux évite de mélanger les campagnes, les listes de joueurs et les résultats. Madagascar arrivait avec une référence récente : le bronze obtenu au CHAN 2022, sa première participation. Romuald Rakotondrabe dirigeait de nouveau l’équipe. L’objectif de dépasser le dernier carré était crédible, mais il supposait d’abord de sortir d’un groupe où figurait la Tanzanie, l’un des pays hôtes, ainsi que la Mauritanie, le Burkina Faso et la République centrafricaine.

La géographie du tournoi ajoutait une difficulté concrète. Le groupe se jouait essentiellement en Tanzanie, le quart de finale conduisait les Barea à Nairobi face au Kenya et la demi-finale les ramenait à Dar es Salaam. Le succès exigeait de répéter des efforts dans des stades, des ambiances et des contextes différents. Ce facteur ne donne pas automatiquement un avantage à l’une des équipes. Il rend simplement plus importantes la récupération, la préparation de l’adversaire et la capacité à garder des repères collectifs malgré les déplacements.

Un groupe B décidé sur le fil

La première rencontre contre la Mauritanie se conclut sur un 0-0. Madagascar joue une grande partie du match à dix après l’exclusion de son capitaine, surnommé Dax, à la 39e minute. Le gardien Michel Ramandimbisoa effectue plusieurs arrêts, et le point pris dans ces conditions permet de commencer le tournoi sans défaite. Il ne faut pourtant pas transformer ce nul en victoire cachée : un point reste insuffisant pour garantir la qualification dans un groupe de cinq équipes. La sélection a déjà besoin de trouver plus de présence offensive lors des journées suivantes.

Le deuxième match se solde par une défaite 2-1 contre la Tanzanie. Les hôtes marquent deux fois dans les vingt premières minutes ; Nantenaina Razafimahatana réduit l’écart avant la pause. Ce scénario révèle le coût d’un début mal maîtrisé contre un adversaire porté par son public. Madagascar ne peut plus seulement compter sur sa résistance défensive. Il lui faut marquer, gagner et surveiller les résultats des concurrents directs. La réaction de la seconde période ne rapporte aucun point, mais elle montre que l’équipe est capable de jouer plus haut une fois l’écart resserré.

Les Barea rebondissent en battant la République centrafricaine 2-0, puis le Burkina Faso 2-1. Lors de cette dernière rencontre, Fenohasina Razafimaro ouvre le score dès la 7e minute d’une frappe lointaine. Le Burkina Faso égalise à la 25e, et Lalaina Rafanomezantsoa transforme un penalty à la 58e. Les dernières minutes obligent Madagascar à défendre son avantage ; Ramandimbisoa intervient encore pour empêcher le retour adverse. La CAF retrace ce match décisif et précise que Madagascar termine deuxième avec sept points, à égalité avec la Mauritanie mais devant elle à la différence de buts.

Ce détail du classement éclaire la valeur de chaque action. Le 2-0 contre la République centrafricaine ne vaut pas uniquement trois points : les deux buts améliorent une différence de buts qui départage finalement les Barea des Mourabitounes. Le récit de la première CAN de la Mauritanie montre un autre moment de sa progression continentale ; ici, les deux sélections se disputent une place dans une compétition réservée aux joueurs locaux. Les rapprocher aide à comprendre la densité croissante des parcours africains, sans confondre la CAN et le CHAN.

Le Kenya, un quart de finale sous pression

Madagascar affronte ensuite le Kenya, premier du groupe A et coorganisateur, au stade Kasarani de Nairobi. Le Kenya n’est pas un adversaire secondaire propulsé par le seul soutien des tribunes : il a déjà battu le Maroc en phase de groupes et se présente invaincu. Les Barea doivent gérer un match à élimination directe face à une équipe qui connaît le terrain et possède l’élan de son public. Pour les deux camps, l’ouverture du score peut modifier profondément la manière d’attaquer et de défendre.

Alphonce Omija donne l’avantage au Kenya peu après la pause. Une deuxième réalisation kenyane est ensuite refusée après intervention vidéo, ce qui maintient Madagascar à un but. À la 66e minute, une main de Lewis Bandi offre un penalty aux Barea ; Razafimaro l’inscrit. La rencontre reste à 1-1 jusqu’au terme de la prolongation. Madagascar n’a pas renversé le score dans le jeu, mais il a résisté assez longtemps pour donner à la séance de tirs au but une chance réelle. Cette différence mérite d’être dite : revenir à égalité, puis tenir, constitue déjà une séquence décisive.

La séance se termine 4-3 en faveur des Malgaches. Ramandimbisoa arrête la tentative de Mike Kibwage, Omija manque la sienne et Toky Rakotondraibe marque le tir décisif. Le gardien et le remplaçant apparaissent ainsi à des moments distincts d’un même basculement. La chronique officielle du quart de finale fournit ces repères. Elle rappelle aussi la belle campagne kenyane. Reconnaître ce que l’adversaire a accompli rend la qualification malgache plus lisible : il a fallu sortir un hôte qui avait prouvé sa valeur auparavant.

Une demi-finale gagnée à la 116e minute

Le Soudan attend Madagascar en demi-finale à Dar es Salaam. Pour les Barea, atteindre ce stade n’est plus inédit après le bronze de 2022 ; parvenir à la finale le serait. Pour le Soudan, qui a lui aussi connu des demi-finales de CHAN, le match offre la possibilité de franchir un palier longtemps refusé. Cette symétrie explique la prudence initiale. Aucune équipe n’a intérêt à offrir une transition facile ou à perdre son organisation dans la première heure.

Le match reste sans but à la fin du temps réglementaire. Michel Ramandimbisoa répond aux occasions soudanaises et Madagascar cherche des ouvertures sur ses propres phases offensives. En prolongation, le Soudan obtient encore des situations, mais les Barea résistent. À la 116e minute, Fenohasina Razafimaro trouve Toky Rakotondraibe, entré en jeu, qui marque le seul but. La CAF détaille l’action de cette qualification. La contribution de Rakotondraibe prolonge celle du quart de finale : après le tir au but décisif contre le Kenya, il inscrit le but qui envoie Madagascar à Nairobi pour le dernier match.

Ce parcours ne se résume pas à deux exploits individuels. Une séance gagnée exige que plusieurs tireurs réussissent leur geste et qu’un collectif maintienne le score jusque-là. Une victoire à la 116e minute demande aussi une défense encore capable de tenir, un remplaçant disponible et un passeur qui conserve assez de lucidité pour choisir la bonne solution. Rakotondrabe a insisté auprès de la CAF sur l’unité et la discipline de son groupe. Ces mots ne prouvent pas à eux seuls une supériorité tactique ; les rencontres montrent toutefois une équipe capable de supporter plusieurs états du match et d’avancer malgré eux.

Une finale perdue, un rang gagné

Le Maroc arrive en finale avec l’expérience de deux titres de CHAN, obtenus en 2018 et en 2020. Madagascar ouvre pourtant le score rapidement par Félicité Manohantsoa. Les Marocains reviennent grâce à Youssef Mehri, puis Oussama Lamlaoui leur donne l’avantage avant la pause. Les Barea n’abandonnent pas : Rakotondraibe égalise en seconde période. Ce 2-2 provisoire interdit de raconter la finale comme une simple démonstration du favori. Madagascar a mené, puis a trouvé une réponse à la première remontée adverse.

Lamlaoui marque finalement le but du 3-2 par une frappe lointaine alors que Ramandimbisoa est avancé. La CAF situe ce geste autour de quarante yards et attribue au buteur six réalisations dans le tournoi. Les Barea poussent encore, sans égaliser. Le compte rendu officiel de la finale confirme le troisième titre marocain et la première finale malgache. Décrire la frappe décisive n’enlève rien à la résistance de Madagascar ; au contraire, elle montre qu’il a fallu au champion une action exceptionnelle pour départager les deux équipes.

À la fin du tournoi, Madagascar possède une médaille d’argent et la première finale d’une compétition senior de la CAF pour une nation insulaire, selon l’organisateur. Ce repère est historique, mais il ne doit pas effacer le résultat : le Maroc a remporté le titre. Il donne plutôt une mesure du seuil franchi par les Barea en deux participations. Le parcours de Madagascar à la CAN 2019 appartenait à une autre compétition et à une autre génération de joueurs. Les deux histoires partagent une capacité à modifier le regard porté sur le football malgache, sans qu’il faille les fondre dans un même palmarès.

Ce que le parcours dit du football malgache

Le CHAN rend particulièrement visible le lien entre sélection et championnat national. Une performance internationale peut attirer l’attention sur un gardien, un milieu ou un attaquant que le public extérieur connaissait peu. Elle peut aussi créer une demande de meilleures conditions pour les clubs qui les ont formés et font jouer ces joueurs chaque semaine. Une finale n’établit cependant pas, à elle seule, que les terrains, les déplacements, les contrats et les formations sont désormais suffisants. Le résultat ouvre une conversation plus exigeante sur la continuité du travail.

Pour Madagascar, cette continuité est le point à suivre après le bronze de 2022 et l’argent de 2025. Les tournois sont courts ; le championnat, la formation et les calendriers occupent l’essentiel de l’année. Les staffs devront pouvoir faire émerger de nouveaux joueurs sans perdre la cohésion qui a permis de résister contre la Mauritanie, le Kenya et le Soudan. Il faudra également accepter que de futurs adversaires étudient les transitions, les coups de pied arrêtés et les forces révélées par ce parcours. Une équipe devenue finaliste ne bénéficie plus du même effet de surprise.

La progression ne suit pas forcément une ligne droite. Madagascar a commencé ce CHAN par un nul et une défaite ; il a dû compter sur la différence de buts pour sortir du groupe. C’est précisément ce qui rend la finale instructive. Le tournoi récompense une équipe qui a corrigé sa trajectoire, utilisé plusieurs buteurs, reçu l’aide de son gardien et gardé assez d’énergie pour jouer cent vingt minutes lorsque cela s’imposait. Le récit est plus utile que l’étiquette de « surprise » : il montre les étapes concrètes d’une qualification que les Barea ont construite une rencontre après l’autre.

La finale de Nairobi restera associée à une défaite 3-2. Elle restera aussi le moment où Madagascar a démontré qu’un premier podium n’était pas une anomalie isolée. Le prochain objectif ne peut se réduire à « faire mieux » : il dépendra de la capacité à entretenir un championnat compétitif, à préparer les nouvelles générations et à transformer l’attention reçue en conditions de travail durables.

Sources officielles

La CAF documente le format et les dates du CHAN 2024 disputé en 2025, la qualification du groupe contre le Burkina Faso, le quart de finale face au Kenya, la demi-finale contre le Soudan et la finale contre le Maroc.