Les Copper Queens ont gagné avant de penser à la suite
La Zambie au Mondial féminin 2023 a découvert à la fois la brutalité du très haut niveau et la joie d’un premier succès mondial. Pour leurs débuts, les Copper Queens ont perdu 5-0 contre le Japon puis 5-0 face à l’Espagne. Elles ont ensuite battu le Costa Rica 3-1, terminant leur campagne avec une victoire historique. Le bilan contient des défaites lourdes et un résultat qui a donné une autre dimension à l’aventure. Notre dossier sur les compétitions féminines africaines permet de situer cette sélection dans un mouvement continental qui s’est renforcé avant et après 2023.
La Zambie n’était pas une équipe sans expérience internationale : elle avait disputé des compétitions africaines et les Jeux olympiques de Tokyo. Mais une Coupe du monde rassemble les meilleures équipes et expose les erreurs plus rapidement. Le tournoi a montré ce que les Copper Queens savaient déjà faire, notamment attaquer vite et créer du danger avec Barbra Banda et Racheal Kundananji. Il a aussi révélé le travail nécessaire pour défendre contre des sélections capables de répéter les attaques pendant 90 minutes.
Le chemin vers la première qualification
La qualification zambienne pour le Mondial s’inscrit dans les progrès de la sélection féminine depuis plusieurs années. Les Copper Queens terminent troisièmes de la CAN 2022 et décrochent ainsi l’une des places africaines pour la phase finale. La compétition continentale a fourni une première mesure des ambitions du groupe. Elle a également permis aux joueuses de prendre confiance contre des équipes qu’elles retrouveraient régulièrement dans les compétitions régionales.
Le groupe du Mondial s’annonce exigeant : la Zambie doit rencontrer le Japon, l’Espagne et le Costa Rica. Les deux premières équipes ont des habitudes de compétition mondiale, un large vivier et des circuits de jeu très structurés. Pour les Zambiennes, la qualification représente déjà un résultat majeur, mais le staff doit préparer l’équipe à défendre bas, gérer les sorties de balle et profiter des espaces quand l’adversaire avance.
La sélection est dirigée par Bruce Mwape. Le groupe comprend des joueuses importantes dans les clubs européens et africains. Banda est capitaine et pointe de l’attaque. Kundananji apporte de la vitesse et des courses dans la profondeur. Les autres joueuses ont des tâches déterminantes : défendre le premier poteau, protéger le couloir, soutenir le milieu et offrir une solution de passe après récupération. Une équipe débutante a besoin d’un plan qui ne repose pas sur une seule vedette.
Le Japon impose tout de suite le niveau mondial
Le premier match contre le Japon se termine 5-0. Les Japonaises prennent le contrôle du jeu, déplacent la défense zambienne et trouvent des espaces au fur et à mesure que les minutes passent. La Zambie a des occasions d’entrer dans la partie, mais elle ne les convertit pas. Le Japon marque deux fois avant la pause, puis accélère après la reprise. Hinata Miyazawa inscrit un doublé et ses partenaires complètent un résultat net.
Les décisions de l’arbitre vidéo pèsent également dans le scénario. Deux buts japonais sont annulés avant que l’équipe finisse par creuser l’écart. La gardienne Catherine Musonda est expulsée après une sortie qui entraîne un penalty. La Zambie doit alors terminer avec une joueuse de moins et concède encore. Le score reflète le niveau de domination japonaise, mais il ne signifie pas que les Copper Queens n’ont rien appris de ce premier match.
Les débuts face aux anciennes championnes du monde ont souligné la valeur du positionnement défensif. Une joueuse ne peut pas défendre à elle seule un couloir lorsque son équipe est étirée et que le ballon change rapidement de côté. Les milieux doivent coulisser ensemble, les latérales savoir quand fermer l’intérieur et les attaquantes ralentir la relance. Face au Japon, ces mécanismes ont souvent été mis sous pression.
L’Espagne confirme la difficulté du groupe
Le deuxième match oppose la Zambie à l’Espagne, une sélection qui domine les échanges et maintient les Copper Queens près de leur surface. L’Espagne s’impose aussi 5-0. Les buts en première période réduisent les marges de manœuvre zambiennes, puis les remplaçantes espagnoles prolongent l’effort après la pause. La Zambie parvient parfois à sortir, mais manque de soutien au moment de conserver le ballon.
Deux défaites de même ampleur peuvent être difficiles à gérer pour une équipe qui a rêvé de son premier tournoi mondial. Les joueuses doivent pourtant éviter de s’enfermer dans le résultat. Le dernier match reste une occasion de jouer pour le pays, mais aussi de transformer l’expérience acquise en décisions concrètes. Les défenseuses peuvent améliorer leur communication, les milieux mieux réduire les distances et les attaquantes continuer à provoquer sans porter seules la responsabilité du score.
Le staff doit également surveiller la fatigue physique et mentale. Défendre longtemps contre deux équipes qui font circuler le ballon demande une concentration intense. Les déplacements, le calendrier et les conditions d’entraînement du tournoi s’ajoutent aux enjeux. Une équipe novice ne peut pas simplement copier le plan de la rencontre précédente : elle doit comprendre pourquoi les difficultés apparaissent et ajuster ses priorités.
Costa Rica : le premier but et la première victoire
Contre le Costa Rica, les Copper Queens entrent dans l’histoire dès les premières minutes. Lushomo Mweemba marque le premier but zambien de l’histoire du Mondial féminin en reprenant un corner. Le but modifie l’ambiance du match et donne au groupe un objectif concret : transformer cette avance en résultat. Barbra Banda inscrit ensuite un penalty, qui est aussi le millième but de l’histoire de la Coupe du monde féminine.
Le Costa Rica revient à 2-1 par Melissa Herrera après la pause, ce qui rend la fin de rencontre incertaine. La Zambie doit alors résister plutôt que chercher immédiatement un troisième but. Les défenseuses protègent leur surface, la gardienne intervient et les milieux aident à contenir les attaques. Racheal Kundananji marque en fin de match et sécurise une victoire 3-1. La sélection termine son premier tournoi avec un succès qui résume sa capacité à répondre.
Le but de Banda comme millième réalisation de l’histoire de la compétition ajoute une dimension symbolique à la journée. Elle transforme une responsabilité de capitaine en moment mondial. Mais l’action appartient aussi au collectif : Mweemba avait marqué, l’équipe a gagné le penalty, les partenaires ont protégé l’avantage et Kundananji a clos le match. Les records individuels prennent leur sens dans le cadre d’une performance collective.
Barbra Banda, capitaine et menace dans la profondeur
Banda a déjà acquis une réputation internationale avant le Mondial. Aux Jeux olympiques de Tokyo, elle marque deux triplés successifs, une performance rare qui attire l’attention sur la sélection zambienne. En 2023, son rôle est plus large que celui d’une finisseuse : elle mène l’équipe, attire les défenseuses, provoque des fautes et donne une solution directe lorsque la Zambie récupère bas.
Sa vitesse peut transformer une récupération défensive en attaque, à condition que l’équipe trouve un premier relais. Si Banda reçoit seule face à deux adversaires, la contre-attaque s’arrête souvent. Les milieux et les ailières doivent donc avancer avec elle et proposer des options. Cette coordination n’est pas facile à installer face aux sélections qui maintiennent une pression constante, mais elle permet à la Zambie de devenir plus dangereuse.
Le tournoi a également offert à Kundananji une occasion de montrer son efficacité dans un cadre mondial. Elle marque le troisième but contre le Costa Rica, après avoir joué dans les deux rencontres précédentes. L’association des deux attaquantes donne aux Copper Queens une capacité de course dans le dos de la défense. Notre portrait de Kundananji à Bay FC examine ses déplacements dans un contexte de club, tandis que l’article sur la Zambie à la CAN 2012 rappelle une autre victoire fondatrice pour le football national.
Les leçons d’une phase de groupes exigeante
Les deux premiers scores mettent en évidence des écarts de profondeur et d’expérience. Le Japon et l’Espagne peuvent faire entrer des joueuses qui maintiennent l’intensité sans dégrader leur organisation. La Zambie dépend davantage de ses titulaires et dispose de moins de solutions pour remplacer une joueuse blessée ou fatiguée. Pour réduire cet écart, il faut des championnats locaux structurés, des parcours de formation et des matches amicaux contre des styles variés.
L’apprentissage de la défense en bloc est central. Les équipes peuvent accepter de laisser l’adversaire avoir le ballon, mais elles doivent protéger l’espace entre la dernière ligne et le milieu. Une défense trop proche de sa gardienne donne à l’adversaire la possibilité de centrer ou de frapper. Une ligne trop haute peut se faire prendre dans le dos. Les Copper Queens ont dû ajuster ces distances sous une pression qui ne leur laissait presque aucun temps de réflexion.
L’attaque constitue l’autre versant. Banda et Kundananji peuvent accélérer, mais la Zambie a besoin d’une première passe précise et d’une troisième joueuse qui se projette. Lorsque l’équipe ne parvient pas à garder le ballon plus de quelques secondes, elle doit défendre à nouveau. Les séquences de possession ne servent pas seulement à chercher un but : elles permettent aussi de récupérer et de déplacer le jeu loin de sa surface.
Un résultat qui compte pour le football féminin africain
La qualification zambienne a montré la progression de plusieurs sélections africaines. La présence de quatre équipes du continent à la Coupe du monde 2023 a augmenté la visibilité du football féminin. Le Maroc et la Zambie étaient débutants, alors que le Nigeria et l’Afrique du Sud arrivaient avec une expérience plus longue. Le tournoi a mis en évidence des trajectoires différentes, mais aussi le besoin d’investir au-delà des seuls jours de compétition.
Une équipe nationale peut inspirer des joueuses et attirer des partenaires. Pour maintenir cet élan, les fédérations doivent soutenir les clubs, garantir un calendrier régulier et former davantage d’entraîneurs. Les joueuses doivent pouvoir progresser sans devoir quitter leur pays trop tôt par manque d’opportunités. Les contrats, les soins médicaux et les conditions de voyage comptent aussi dans la préparation d’un tournoi mondial.
La première victoire des Copper Queens n’efface pas les défaites 5-0. Elle leur donne une conclusion différente et un point de départ pour les analyses futures. Le staff peut étudier les erreurs contre le Japon et l’Espagne tout en conservant les éléments qui ont fonctionné face au Costa Rica. Cette approche aide à transformer un tournoi en expérience utile, plutôt qu’en souvenir figé.
Un baptême qui a créé une nouvelle référence
La Zambie a quitté l’Australie et la Nouvelle-Zélande après une phase de groupes, mais elle n’est pas repartie sans victoire. Le 3-1 contre le Costa Rica a donné aux joueuses un premier succès en Coupe du monde et au pays un moment de célébration. Le but de Banda, inscrit comme la millième réalisation du tournoi, et celui de Mweemba ont fixé des images durables.
Le parcours invite à tenir deux idées ensemble : les Copper Queens ont prouvé qu’elles pouvaient gagner sur la scène mondiale, et les deux lourdes défaites ont révélé l’ampleur du travail de préparation. Célébrer l’un sans regarder l’autre ferait perdre la leçon du tournoi. Le football de haut niveau exige une attaque capable de punir les occasions et une défense qui reste organisée pendant de longues séquences.
La Zambie a ouvert une nouvelle page pour son football féminin. Les joueuses ont porté leur pays, inspiré une génération et montré que l’Afrique pouvait se présenter au Mondial avec plusieurs styles et ambitions. L’étape suivante consiste à prolonger cette visibilité par des investissements et des compétitions durables. La victoire contre le Costa Rica restera le premier grand repère de ce chantier.
Sources officielles : CAF, la victoire zambienne contre le Costa Rica ; FIFA, l’effectif de la première participation ; CAF, la première apparition et le 1000e but.
