Du 0-6 d’ouverture aux huitièmes de finale

Le Maroc féminin au Mondial 2023 a vécu l’un des parcours les plus saisissants de l’histoire récente du football africain. Battues 6-0 par l’Allemagne à leur entrée dans le tournoi, les Lionnes de l’Atlas ont ensuite gagné contre la Corée du Sud puis la Colombie pour atteindre les huitièmes de finale dès leur première participation. La campagne rappelle que le résultat d’un premier match ne définit pas une équipe pour tout un tournoi. Pour replacer ce parcours dans le développement du football féminin sur le continent, consultez notre dossier sur les compétitions féminines africaines.

Le Maroc sort ensuite contre la France, battu 4-0 en huitième. Le score de cette élimination ne diminue pas ce que la sélection avait accompli. Il permet plutôt de regarder la campagne dans son ensemble : une équipe novice dans la compétition, un groupe difficile, une correction rapide après le premier revers, deux victoires historiques et une première expérience de match à élimination directe. C’est cette séquence complète qui donne sa valeur au tournoi.

Une qualification bâtie à domicile en 2022

Avant l’Australie et la Nouvelle-Zélande, le Maroc avait déjà franchi une étape majeure en organisant la CAN féminine 2022. Les Lionnes de l’Atlas atteignent la finale et se qualifient pour leur premier Mondial. La compétition continentale se tient devant un public nombreux, ce qui donne une visibilité nouvelle à l’équipe et au football féminin national. Les joueuses ne partent donc pas pour la Coupe du monde sans expérience de la pression ou des matches à enjeu.

Reynald Pedros dirige une équipe où plusieurs internationales jouent dans les clubs marocains et d’autres évoluent en Europe. La sélection réunit des trajectoires différentes, sans que cela réduise l’identité sportive du groupe. Les joueuses formées localement et celles qui ont évolué à l’étranger apportent des habitudes distinctes. La question centrale pour le staff est de les intégrer dans un système commun, avec des responsabilités claires à la perte du ballon et dans les transitions.

Le Mondial 2023 est également le premier tournoi féminin élargi à 32 équipes. Plus de sélections participent à la phase finale, mais les écarts de préparation restent importants. Le Maroc doit affronter l’Allemagne, la Corée du Sud et la Colombie. Le groupe ne permet pas de s’appuyer sur un seul match : chaque résultat compte, et la différence de buts peut devenir déterminante dans la course aux meilleures troisièmes.

La lourde défaite contre l’Allemagne

Le premier match face à l’Allemagne tourne mal. Les championnes européennes marquent six buts et dominent les secteurs essentiels. Les Marocaines ont du mal à ressortir le ballon sous pression et à protéger les zones proches de leur surface. Une équipe qui découvre le rythme de la Coupe du monde peut perdre ses distances lorsque le pressing adverse est coordonné. Les erreurs s’enchaînent alors plus vite que les possibilités de correction.

Après un tel score, le risque est de laisser la défaite se prolonger dans les matches suivants. Les joueuses doivent absorber le choc, analyser ce qui a mal fonctionné et garder confiance sans minimiser les problèmes. Pedros procède à plusieurs changements avant le match contre la Corée, modifiant notamment les repères dans le onze et les mouvements offensifs. Ce travail n’efface pas le 0-6, mais il permet à l’équipe de commencer une nouvelle séquence.

La réaction ne doit pas être décrite comme un simple discours de motivation. Les corrections tactiques comptent. Le Maroc cherche à mieux protéger les espaces entre les défenseuses et les milieux, à éviter de perdre le ballon dans l’axe et à rendre les relances plus simples. Une équipe qui se sait menacée peut être tentée de conserver le ballon trop longtemps ; dans ce contexte, des passes directes vers les côtés peuvent offrir une sortie plus sûre.

La Corée du Sud, premier virage du tournoi

Face à la Corée du Sud, le Maroc marque rapidement. Ibtissam Jraidi reprend de la tête un centre de Ghizlane Chebbak dès la sixième minute. Ce but est le premier de la sélection dans l’histoire de la Coupe du monde féminine. Il donne aux Lionnes une situation nouvelle : au lieu de courir après le score, elles doivent protéger une avance et choisir quand sortir de leur bloc.

La Corée conserve davantage le ballon et cherche à revenir, mais le Maroc défend avec plus de proximité que lors de l’ouverture. Khadija Er-Rmichi intervient lorsque la défense ne peut pas empêcher un tir. Les milieux et les ailières contribuent à fermer les lignes de passe vers l’intérieur. Le 1-0 final n’est pas seulement une victoire historique ; il montre que les ajustements de l’équipe peuvent produire des améliorations concrètes.

Ce succès augmente les possibilités de qualification, mais le Maroc doit encore affronter la Colombie. La gestion de l’énergie devient importante, car il faut rester concentré après une semaine chargée émotionnellement. Les joueuses savent maintenant qu’elles peuvent gagner à ce niveau, mais elles doivent éviter de transformer cette confiance en précipitation. La qualification reste à construire.

Colombie : une victoire et un calcul de groupe

Le dernier match oppose le Maroc à une Colombie solide, qui avait battu l’Allemagne. Les deux sélections savent que la première place du groupe est encore possible. Les occasions restent limitées au début. Juste avant la pause, Ghizlane Chebbak obtient un penalty. La gardienne colombienne repousse sa tentative, mais Anissa Lahmari suit le ballon et marque sur le rebond. Ce but donne l’avantage au Maroc.

La seconde période exige de défendre sans se replier complètement. La Colombie cherche l’égalisation et augmente la pression. Er-Rmichi et la ligne défensive doivent intervenir à plusieurs reprises. Le Maroc ne s’appuie pas sur une possession dominante ; il choisit ses moments pour ressortir et empêche les Colombiennes d’installer trop de centres sans opposition. La victoire 1-0 lui permet de terminer deuxième du groupe, tandis que le nul entre l’Allemagne et la Corée confirme l’élimination des Allemandes.

La qualification transforme la trajectoire de la campagne. Après le 0-6, il aurait été facile de présenter la suite comme une simple tentative de sauver l’honneur. La sélection a fait davantage : elle a remporté deux matches consécutifs, inscrit ses premiers buts et atteint une phase à élimination directe. Cette réussite est le résultat de choix tactiques, d’une réaction collective et d’un contexte où les joueuses ont pu jouer devant un soutien diasporique important.

La France met fin au parcours

Le huitième de finale contre la France constitue la première rencontre à élimination directe du Maroc à ce niveau. La France marque trois fois en première période et contrôle le match. Les Lionnes ont du mal à retrouver la compacité des deux matches précédents. Les Françaises gagnent les duels, déplacent rapidement le ballon et attaquent les espaces laissés entre les lignes. Eugénie Le Sommer inscrit un doublé autour des buts de Kadidiatou Diani et de Kenza Dali.

Les Marocaines sont sorties 4-0, mais ce score doit être replacé dans le contexte de leur première participation. Un huitième de finale n’est pas une finale de consolation ; c’est une expérience supplémentaire qui montre les exigences de la phase à élimination directe. La France a exploité plusieurs faiblesses que la Corée et la Colombie avaient eu moins de moyens pour utiliser. Cette différence fournit des pistes de travail, pas une raison de réduire l’équipe à son dernier résultat.

Plusieurs joueuses marocaines ont aussi des liens avec la France et la diaspora. Anissa Lahmari est née en région parisienne, et certaines internationales ont grandi ou été formées hors du Maroc. Cela s’intègre au projet national sans opposer une identité à l’autre. Notre récit du parcours du Maroc masculin en 2022 aide à comprendre comment les parcours de diaspora et une sélection nationale peuvent se rejoindre dans une même histoire sportive.

Les joueuses et les rôles qui ont compté

Ghizlane Chebbak est l’une des figures de l’équipe. Son expérience et sa capacité à recevoir entre les lignes aident le Maroc à se projeter. Elle tire le penalty contre la Colombie, et son centre amène le premier but du tournoi face à la Corée. Sa contribution ne s’évalue pas seulement aux statistiques : elle relie les milieux et l’attaque, guide les partenaires et porte le brassard dans les moments difficiles.

Jraidi donne une référence dans la surface. Son but de la tête contre la Corée vient d’un déplacement qui lui permet de rencontrer le ballon au bon endroit. Lahmari suit le penalty repoussé contre la Colombie, preuve que l’action ne s’arrête pas lorsqu’un tir est arrêté. Er-Rmichi, enfin, joue un rôle essentiel dans la protection du score. La performance collective repose sur ces contributions complémentaires.

La défense apprend vite. Après les six buts encaissés contre l’Allemagne, les joueuses se réorganisent et limitent les espaces dangereux. Le changement n’est pas seulement une question de personnes : les lignes se rapprochent, les couvertures arrivent plus tôt et les latérales choisissent mieux quand monter. Une équipe peut améliorer sa défense d’un match à l’autre sans perdre son ambition offensive.

Une portée qui dépasse les résultats

La qualification du Maroc a apporté une visibilité immense aux joueuses et à leurs compétitions domestiques. Les images des tribunes, des drapeaux et des célébrations ont relié l’équipe au public marocain, y compris à l’étranger. Pour les jeunes filles, les Lionnes sont devenues des modèles concrets : elles disputaient les mêmes terrains que les plus grandes sélections et avaient obtenu leur place au mérite.

La visibilité seule ne garantit pas la croissance du football féminin. Il faut des championnats réguliers, des conditions d’entraînement professionnelles, des investissements dans les catégories de jeunes et un accès équitable aux terrains. La Coupe du monde peut attirer des soutiens et des partenaires, mais les institutions doivent transformer cet intérêt en infrastructures et en compétitions durables. Les équipes nationales ne peuvent pas porter seules le développement d’une discipline.

Le parcours d’Asisat Oshoala à Barcelone montre une autre manière dont une joueuse africaine peut gagner en visibilité dans un club européen de premier plan. Ces histoires individuelles ne remplacent pas les structures locales ; elles rappellent pourquoi les jeunes joueuses ont besoin de compétitions régulières pour construire leur propre trajectoire.

L’histoire du Maroc féminin en 2023 permet donc de célébrer un résultat sans prétendre que tout est réglé. La sélection a montré qu’elle pouvait rebondir, s’adapter et gagner sous pression. Elle a aussi reçu un rappel de l’écart qui la séparait d’une équipe comme la France en huitième. Cette combinaison de réussite et de travail restant donne au parcours sa valeur sportive.

Une première participation devenue référence

Le Maroc s’est qualifié en 2023 pour la Coupe du monde féminine, a perdu son premier match, puis s’est ouvert le chemin de la phase à élimination directe. La série résume une campagne où l’équipe a dû transformer la déception en plan de jeu. Elle n’a pas tout maîtrisé, mais elle a su apprendre assez vite pour rester dans le tournoi.

Le 1-0 contre la Colombie demeure le moment de la qualification. Le but de Lahmari, le penalty arrêté et le nul de l’autre rencontre ont créé une soirée que les supporters n’oublieront pas. Le succès contre la Corée avait déjà offert à l’équipe un premier but historique. Le huitième face à la France a ensuite révélé ce qui reste à accomplir.

La place du Maroc dans l’histoire du football féminin africain est désormais liée à cette première aventure mondiale. Les Lionnes ont créé des images et des repères qui peuvent inspirer les générations suivantes. Leur parcours rappelle qu’un tournoi ne se juge pas par son premier score, ni uniquement par son élimination. Il faut regarder les réponses que l’équipe a trouvées, les victoires qu’elle a arrachées et le niveau qu’elle cherchera à atteindre lors de sa prochaine participation.

Sources officielles : CAF, le Maroc atteint les huitièmes ; CAF, les ajustements face à la Corée ; FIFA, le huitième contre la France.