La Guinée-Bissau a découvert la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations en 2017, au Gabon. Pour son premier match, elle a arraché un nul 1-1 contre le pays hôte grâce à l’égalisation de Juary Soares à la 90e minute. Ce point a offert aux Djurtus une entrée remarquée sur la scène continentale. La suite a été plus difficile : deux défaites face au Cameroun et au Burkina Faso ont arrêté leur parcours en phase de groupes. Cette première CAN n’a donc pas conduit à une qualification pour les quarts, mais elle a donné au pays une histoire sportive nouvelle et montré qu’il pouvait tenir tête à un favori devant son public.

Une qualification qui change la place des Djurtus

La Guinée-Bissau s’est qualifiée pour sa première phase finale après une campagne réussie qui l’a placée parmi les surprises des éliminatoires. La sélection n’avait pas la longue expérience de ses adversaires ni un vaste historique de présence au tournoi. Notre guide des différences entre la CAN, le CHAN et les coupes de clubs rappelle qu’une phase finale de CAN réunit les équipes A de tout le continent. Pour les Djurtus, atteindre ce rendez-vous était déjà une validation de plusieurs années de progression.

La sélection s’appuyait sur un groupe où se mêlaient joueurs formés en Guinée-Bissau, éléments évoluant au Portugal et internationaux nés ou développés dans d’autres pays européens. Cette configuration est fréquente pour les nations dont la diaspora est importante. Elle élargit le choix de joueurs, mais pose une question d’organisation : comment réunir en quelques jours des footballeurs qui se connaissent peu et viennent de championnats différents? Le sélectionneur Baciro Candé a dû instaurer des règles claires et donner à l’équipe une structure défensive qui ne dépendait pas de longues périodes de possession.

Le pays a connu une histoire politique difficile et des moyens sportifs limités. Les difficultés du pays ne doivent pas être confondues avec le niveau de ses joueurs : l’équipe est arrivée au Gabon parce qu’elle avait réussi à se qualifier, et le tournoi devait la juger sur le terrain. L’entraîneur a reconnu que la qualification avait été obtenue malgré les obstacles, tout en affirmant que son groupe pouvait progresser match après match. Cette approche était utile pour un débutant : viser une performance cohérente, puis s’adapter à chaque adversaire.

Le tirage place la Guinée-Bissau dans le groupe A, avec le Gabon, le Cameroun et le Burkina Faso. Le Gabon joue devant ses supporters et possède un joueur vedette, Pierre-Emerick Aubameyang. Le Cameroun a remporté quatre éditions de la CAN et vient avec une génération expérimentée. Le Burkina Faso a été finaliste en 2013. Pour les Djurtus, chaque match correspond à un test différent : gérer un stade acquis au pays hôte, défendre contre une équipe physique et affronter une sélection capable de contrôler le ballon.

Juary Soares égalise à la 90e minute

Le premier match oppose les Djurtus au Gabon, à Libreville, dans le stade de l’Amitié. Le pays hôte ouvre le score en seconde période par Aubameyang. La Guinée-Bissau doit alors choisir entre continuer à défendre pour limiter les dégâts ou prendre des risques pour obtenir une égalisation. L’équipe reste engagée, recherche des coups de pied arrêtés et insiste dans les dernières minutes. Dans une phase finale, il faut parfois accepter un risque calculé : un nul peut valoir davantage qu’une défaite étroite, surtout quand il s’agit du premier match d’un groupe.

À la 90e minute, Juary Soares reprend de la tête un coup franc de Zezinho et marque. Le but égalisateur fait taire le stade pendant un instant et donne aux Djurtus leur premier point à la CAN. Le détail du geste compte : l’appel dans la surface, le timing au premier poteau et la qualité du centre. Ce n’est pas seulement une fin heureuse; c’est une action préparée où plusieurs joueurs ont contribué à maintenir la pression.

Le nul contre le Gabon produit une forte émotion parce que la Guinée-Bissau joue son tout premier match. Mais le résultat demeure un point dans un groupe où il reste deux rencontres. Il serait trompeur de croire que la performance garantit la qualification. Le point de départ donne de la confiance, mais le Cameroun et le Burkina Faso peuvent encore se qualifier en battant les Djurtus. Il faut retrouver la même concentration et améliorer la gestion des transitions pour tenir la distance.

Le but de Juary Soares a aussi apporté une visibilité soudaine à une sélection encore peu connue hors de ses supporters. Les joueurs ont partagé leur joie avec le banc et les fans venus du pays ou de la diaspora. L’image est devenue l’un des moments les plus marquants de cette première participation. Elle relie un résultat sportif à une mémoire collective : pour de nombreux habitants, la CAN 2017 a été la première occasion de voir la Guinée-Bissau jouer sur la grande scène continentale.

Deux défaites qui révèlent les écarts à combler

La deuxième rencontre contre le Cameroun se déroule dans une autre dynamique. La Guinée-Bissau ouvre le score grâce à Piqueti, qui inscrit un but spectaculaire à la 13e minute. L’équipe prend l’avantage, mais doit ensuite gérer les vagues offensives des Lions indomptables. Le Cameroun égalise par Sébastien Siani après l’heure de jeu, puis Michael Ngadeu inscrit le but de la victoire. Les Djurtus s’inclinent 2-1 malgré une bonne entrée en matière.

Ce match met en évidence la difficulté de défendre un avantage contre un favori expérimenté. Le Cameroun augmente la pression, multiplie les centres et pousse les milieux bissau-guinéens à se rapprocher de leur défense. Lorsque l’équipe recule, elle perd parfois ses options de sortie; les attaquants reçoivent le ballon isolés et le bloc doit défendre une nouvelle vague. Une équipe peut résister pendant une période, mais le coût physique de ces séquences s’accumule.

La défaite n’efface pas la qualité du but de Piqueti ni le fait que la Guinée-Bissau ait posé des problèmes au futur champion. Elle rappelle plutôt le besoin de rester cohérent pendant 90 minutes. Les meilleures sélections ont souvent plusieurs solutions depuis le banc et peuvent modifier le rythme du match. Pour un novice, la profondeur d’effectif est un défi majeur : un remplacement doit maintenir le niveau et le collectif ne peut pas dépendre d’un seul joueur.

Le dernier match contre le Burkina Faso se solde par une défaite 2-0. Les Djurtus ne parviennent pas à prolonger l’énergie des premières rencontres. Le Burkina Faso prend l’avantage et contrôle le match. La Guinée-Bissau termine dernière du groupe avec un point, un but marqué et cinq buts encaissés. Le tableau des résultats indique clairement qu’elle quitte la compétition après la phase de groupes, malgré le point obtenu contre le pays organisateur.

Cette différence entre un match d’ouverture héroïque et les deux rencontres suivantes explique pourquoi l’analyse doit regarder la campagne entière. Un résultat spectaculaire peut faire connaître une équipe, mais les tournois récompensent la constance. Le staff doit apprendre à gérer les temps faibles, à faire tourner le groupe et à travailler la récupération. Les joueurs doivent aussi développer leur capacité à garder le ballon sous pression afin de moins subir la fin des rencontres.

Les Djurtus après 2017

La première CAN a donné aux jeunes joueurs de Guinée-Bissau un modèle concret de réussite. Ils pouvaient désormais voir leur sélection au tournoi, s’identifier aux internationaux et imaginer une trajectoire vers la phase finale. Pour les jeunes qui se forment dans les académies locales, l’exemple a une portée particulière : les progrès ne sont pas réservés aux grands pays ni aux joueurs déjà connus en Europe. Il existe une route, même si elle demande du temps, de l’encadrement et un suivi des talents.

La présence de joueurs évoluant au Portugal et dans d’autres pays européens rend la diaspora indispensable au projet. La fédération doit entretenir des contacts avec les familles, suivre les jeunes binationaux et présenter une perspective sportive attractive. Le recrutement à l’étranger peut enrichir l’effectif, mais il ne crée pas automatiquement une équipe. Les joueurs doivent se retrouver dans une identité commune, comprendre les principes tactiques et disposer d’un calendrier de rassemblements assez régulier.

La formation locale est l’autre pilier. Elle dépend d’entraîneurs qualifiés, de terrains accessibles, de compétitions régulières et de moyens de déplacement. Les succès ponctuels de l’équipe A attirent l’attention, mais la progression se mesure aussi dans les catégories jeunes et les clubs. Les fédérations peuvent créer des parcours de développement, organiser des stages et offrir aux entraîneurs des ressources. La CAN 2017 constitue un argument pour soutenir ce travail, pas une preuve que tous les défis ont été résolus.

Dans les campagnes suivantes, la Guinée-Bissau est revenue à la phase finale en 2019 et en 2021, mais n’a pas dépassé le premier tour. Cette présence répétée marque une forme de continuité, même si les résultats ne se sont pas traduits par un premier huitième de finale. Le parcours de 2017 reste néanmoins un repère : première qualification, premier but et premier point. Les équipes peuvent se construire en accumulant ce type de jalons avant d’atteindre un nouveau palier.

Le récit du but de Juary Soares s’inscrit parmi d’autres premières historiques du football africain. Le sacre du Sénégal à la CAN 2021 montre comment une sélection peut transformer une campagne continentale en titre, tandis que le Ghana au Mondial 2010 rappelle l’importance de la résistance dans un tournoi. Ces comparaisons ne placent pas les pays sur la même échelle; elles montrent que chaque campagne se construit à partir de circonstances particulières.

La Guinée-Bissau a quitté le Gabon sans victoire, mais elle y a inscrit une scène durable. Les Djurtus ont marqué à la dernière minute contre l’hôte, tenu le Cameroun jusqu’à la fin et découvert le niveau de la phase finale. Ils ont inscrit deux buts, contre le Gabon et le Cameroun, et en ont encaissé cinq au total. Il faut raconter ces faits sans transformer une défaite en victoire symbolique. Leur premier tournoi a posé une base sportive et culturelle. Le travail consiste à faire de cette base une expérience transmissible à la génération suivante.

Sources officielles

La CAF retrace l’égalisation de Juary Soares à la 90e minute contre le Gabon et le but de Piqueti lors de la défaite 2-1 contre le Cameroun. Son compte rendu en français de la CAN 2021 rappelle les résultats de la Guinée-Bissau lors des éditions 2017 et 2019.