Le Wydad Athletic Club a remporté la Ligue des champions de la CAF 2021-2022 en battant Al Ahly 2-0 au stade Mohammed V de Casablanca. La finale, disputée sur un match le 30 mai 2022, a été décidée par un doublé de Zouheir El Moutaraji. Le score peut donner l’impression d’une rencontre maîtrisée de bout en bout par le Wydad. Le compte rendu de la CAF décrit plutôt une équipe qui a dominé la première période, marqué rapidement après la pause, puis défendu face à la réaction égyptienne.
Une finale avec une pression particulière
Le Wydad recevait la finale à Casablanca, tandis qu’Al Ahly arrivait comme champion en titre et cherchait un troisième sacre consécutif. Les deux équipes avaient l’habitude des matchs continentaux à haute intensité. La CAF avait choisi le stade Mohammed V, où le public marocain a créé une atmosphère importante. La localisation et le bruit ont pesé dans l’environnement du match, mais ils n’expliquent pas mécaniquement le résultat : les choix tactiques et l’exécution sur le terrain ont compté.
Le format en une seule rencontre change la manière de gérer le score. Il n’y a pas de match retour pour rattraper un déficit. Un but précoce peut modifier la stratégie des deux équipes et contraindre le perdant à prendre davantage de risques. Les entraîneurs doivent préparer plusieurs états du match : égalité, avantage ou retard. Avant le coup d’envoi, l’objectif principal est de protéger son organisation tout en cherchant des opportunités. Après l’ouverture du score, les priorités peuvent évoluer rapidement.
Wydad alignait des joueurs capables de défendre l’axe et de lancer des transitions, notamment le milieu Yahya Jabrane, tandis que les offensifs comme Reda Jaadi et El Moutaraji pouvaient profiter des espaces. Al Ahly possédait des joueurs à l’aise avec le ballon et avait l’expérience de plusieurs finales consécutives. Les deux formations n’abordaient donc pas la rencontre avec les mêmes besoins : Wydad pouvait s’appuyer sur l’énergie du public et attaquer les couloirs, alors que l’adversaire cherchait à contrôler la possession.
La première période : du ballon, mais peu d’occasions nettes
Le Wydad a pris l’initiative pendant la première période et la CAF a rapporté 68 % de possession pour les Marocains avant la pause. Ce chiffre correspond aux quarante-cinq premières minutes selon le compte rendu du match ; il ne faut pas le présenter comme la possession totale de la finale. Une possession élevée indique que l’équipe avait davantage le ballon, mais ne signifie pas forcément qu’elle a créé plus d’occasions nettes. La position du ballon, les tirs et les espaces comptent également.
Les joueurs de Wydad ont tenté de faire circuler le ballon pour attirer Al Ahly. Lorsque l’adversaire pressait, le porteur devait choisir entre une passe vers l’avant et une remise de sécurité. Quand Al Ahly se repliait, la circulation avait besoin d’être plus rapide pour déplacer les lignes défensives et ouvrir une fenêtre sur les côtés. L’objectif n’était pas de conserver pour conserver, mais de créer une situation où un attaquant pourrait recevoir face au but ou attaquer un centre.
Le score était encore nul à la mi-temps. Cela montre que le contrôle du ballon n’a pas produit immédiatement une conclusion. Les blocs défensifs des deux équipes restaient organisés et les occasions étaient limitées. Le Wydad devait continuer à se projeter sans se découvrir. Al Ahly, de son côté, pouvait attendre une perte ou une phase arrêtée pour menacer. La période sans but n’était pas vide : elle a défini les positions et les risques que les équipes allaient ajuster après la pause.
Un match de possession se gagne parfois en faisant apparaître un déséquilibre progressif. Un échange côté gauche peut attirer le milieu adverse, puis un renversement rapide permet d’attaquer la zone opposée. Une passe vers la ligne peut obliger le défenseur à s’écarter, ouvrant un intervalle intérieur. Si la circulation est trop lente, la défense se replace. Le Wydad a maintenu une pression territoriale, mais devait transformer cette présence en occasions franches. La deuxième période a apporté la réponse sous la forme de deux buts.
Le premier but d’El Moutaraji
Zouheir El Moutaraji a ouvert le score à la 15e minute, selon le compte rendu détaillé du match de la CAF. La frappe a surpris Al Ahly et donné au Wydad un avantage précoce. Cette ouverture du score a modifié le plan égyptien : l’équipe devait maintenant attaquer davantage, tandis que le Wydad pouvait chercher des espaces derrière une formation qui avait besoin de revenir. L’équilibre tactique s’est déplacé dès que le ballon a franchi la ligne.
Le score de 1-0 a également augmenté la valeur de la première récupération après le but. Si Al Ahly se projetait, les joueurs de Wydad devaient éviter de dégager sans cible à chaque occasion. Conserver le ballon obligeait le champion sortant à poursuivre ses efforts et à laisser ses défenseurs plus exposés. Une relance contrôlée pouvait éloigner le danger tout en empêchant l’adversaire d’installer une vague d’attaques.
El Moutaraji était revenu dans le onze après une suspension en demi-finale, selon le compte rendu de la CAF. Son retour a eu un impact immédiat avec un doublé. Le football ne permet pas de supposer qu’un joueur aurait forcément marqué si le même choix avait été fait autrement ; on peut seulement constater qu’il a été disponible pour la finale et qu’il a converti deux actions. La préparation, le choix des titulaires et la capacité à répondre à l’enjeu ont néanmoins constitué des éléments importants.
Un attaquant qui marque tôt doit ensuite ajuster sa fonction. Il reste une menace en profondeur et peut empêcher les défenseurs centraux de monter librement, mais il peut aussi aider l’équipe à conserver un ballon pour respirer. Si le Wydad s’était contenté de défendre immédiatement devant sa surface, Al Ahly aurait accumulé des centres et des deuxièmes ballons. La menace d’un nouvel appel d’El Moutaraji faisait partie de la manière de garder l’adversaire prudent.
Le contre qui a porté le score à 2-0
Le deuxième but est arrivé deux minutes après la reprise, à la 48e minute. La CAF décrit une contre-attaque où Reda Jaadi a progressé sur le côté droit et centré. El Moutaraji a attaqué le ballon dans la surface, le gardien Mohamed El Shenawy a repoussé une première tentative et l’attaquant a inscrit le rebond. C’est un exemple net d’une transition efficace : la première course a forcé la défense à se réorganiser, le centre a créé une situation de tir et le suivi a permis de convertir le ballon repoussé.
Une contre-attaque ne consiste pas simplement à courir vite. Le premier porteur doit avancer dans le bon couloir et attirer les défenseurs, tandis que les partenaires choisissent leurs lignes d’accompagnement. Jaadi devait évaluer s’il pouvait continuer vers le but ou centrer. El Moutaraji a suivi vers la zone de finition, anticipant une possible déviation ou un arrêt. La seconde action est souvent moins spectaculaire, mais elle témoigne de la concentration et de l’anticipation d’un attaquant.
La parade de El Shenawy rend la deuxième action particulièrement importante. Un gardien peut sauver le premier tir, mais si les défenseurs ne sécurisent pas le rebond, l’attaque reste vivante. Le joueur qui suit la frappe doit déjà se déplacer avant de savoir où le ballon sera repoussé. Cela demande de garder l’équilibre, de regarder le gardien et de se positionner sur une ligne où il pourra intervenir. El Moutaraji a réagi plus vite que la défense et a transformé le ballon libre.
Un but si tôt après la pause peut aussi révéler la qualité du retour des vestiaires. Les équipes ont souvent quelques minutes pour remettre en place les repères et imposer une nouvelle intensité. Le Wydad est entré rapidement dans sa seconde période et a augmenté son avance. Al Ahly se trouvait alors face à un défi plus grand : marquer deux fois sans en concéder un autre. Le temps restant favorisait une pression accrue et le risque de laisser des espaces plus importants.
Défendre l’avance face à Al Ahly
Après le deuxième but, Al Ahly a modifié son approche et engagé plus de joueurs vers l’avant. La pression a forcé le Wydad à défendre plus bas. Les changements offensifs du staff égyptien ont apporté des attaquants supplémentaires, tandis que les Marocains devaient protéger l’axe et repousser les centres. La rencontre a alors changé de nature : Wydad n’avait plus besoin de faire circuler aussi longtemps pour chercher le premier but ; il fallait empêcher l’adversaire de revenir dans la finale.
Défendre un avantage de deux buts demande de maintenir la concentration. Le risque est de reculer tellement que les défenseurs finissent encerclés. Les milieux doivent se placer à proximité de la surface, mais restent prêts à sortir sur les frappes et à gagner les deuxièmes ballons. Les attaquants peuvent jouer un rôle défensif en fermer la première passe ou en conservant une longue transmission. Une équipe peut faire reculer l’adversaire sans reprendre la possession, à condition de ne pas rendre chaque ballon immédiatement.
Le gardien Ahmed Reda Tagnaouti a repoussé une frappe d’Afsha et Wydad a tenu face aux tentatives d’Al Ahly. Les arrêts et les interventions défensives ont empêché l’écart de se réduire. Une équipe qui défend ne se contente pas d’empiler des joueurs dans la surface : elle doit aussi protéger le passeur avant que le centre parte, surveiller les courses et défendre les ballons qui reviennent après un premier dégagement.
Al Ahly s’est créé des occasions et a poursuivi sa pression jusqu’aux dernières minutes. Cette réaction rend le score final plus significatif : Wydad n’a pas simplement contrôlé les deux périodes, il a aussi absorbé un retour du champion sortant. Les défenseurs devaient choisir quand sortir et quand rester. Sortir trop tôt pouvait ouvrir une passe dans leur dos ; rester trop bas laissait à Al Ahly le temps de centrer ou de frapper. Le bloc a cherché à protéger la zone la plus dangereuse.
La possession et la transition, deux outils différents
Le récit de la finale peut donner l’impression d’une contradiction : Wydad possédait davantage le ballon en première période, puis a marqué sur une contre-attaque en seconde. En réalité, ces modes de jeu se complètent. La possession a permis de déplacer l’adversaire et de contrôler le tempo avant la pause. Après l’ouverture du score, Al Ahly a dû avancer, offrant des espaces que Wydad pouvait exploiter à la récupération. L’équipe championne a ainsi changé de stratégie selon l’état du match.
Les transitions sont particulièrement dangereuses quand l’adversaire vient de perdre le ballon et n’a pas retrouvé sa forme défensive. Le premier contrôle et la première passe comptent : si le joueur se tourne vers son propre but, l’occasion peut disparaître ; si la passe est trop risquée, le ballon revient immédiatement. Jaadi a pu avancer et centrer dans un temps où la défense était encore en train de reculer. El Moutaraji a ensuite donné un point d’arrivée au mouvement.
Quand l’équipe défend son avance, elle doit choisir ses moments de sortie. Une récupération près de sa surface suivie d’une passe sûre peut donner au bloc quelques secondes pour remonter. Une passe vers l’attaquant peut permettre de gagner du terrain ou d’obtenir une faute. Ces sorties sont utiles même si elles ne deviennent pas des tirs. Elles interrompent le siège et obligent les défenseurs adverses à surveiller l’espace derrière eux.
Le contraste entre possession et transition aide également à comprendre la décision d’El Moutaraji dans le second but. Il aurait pu rester plus bas après l’ouverture du score pour aider sa défense, mais son équipe avait besoin de conserver une menace offensive. Sa course a mis Al Ahly sous pression et a forcé les défenseurs à revenir. Un attaquant n’est pas uniquement une cible de contre : il contribue à la structure défensive en obligeant l’adversaire à respecter la profondeur.
Une finale unique, un titre historique
Le trophée de 2022 a été le troisième titre continental de Wydad, après 1992 et 2017. La finale mettait un terme au rêve d’Al Ahly de remporter trois titres d’affilée et d’atteindre une onzième couronne à ce moment. Ces données appartiennent à l’histoire de la compétition et doivent être datées, car les comptes de trophées évoluent ensuite. Le succès marocain a inscrit El Moutaraji et cette finale dans les souvenirs des supporters du club.
La décision de la CAF de jouer la finale à Casablanca a été discutée et a soulevé une question de neutralité. Il faut distinguer le lieu officiel du match de l’effet réel du public et des conditions de jeu. Les faits sont que la finale a eu lieu au stade Mohammed V, que Wydad en était l’équipe marocaine et que les tribunes étaient fortement acquises aux locaux. L’analyse ne peut pas affirmer que le stade a décidé du résultat ; elle peut expliquer que l’ambiance constituait une dimension de la rencontre.
Wydad a aussi dû gérer la réputation d’Al Ahly, club le plus titré de la compétition et tenant du trophée. Un match contre le champion sortant peut inciter une équipe à jouer avec une prudence excessive. Le Wydad a plutôt pris l’initiative avant la pause, puis a exploité l’espace lorsque l’adversaire a dû attaquer. Cette capacité à combiner ambition et gestion du score est un aspect majeur du travail du staff et des joueurs.
Les joueurs derrière les deux buts
El Moutaraji a inscrit les deux réalisations, mais le collectif a produit les séquences. Jabrane a contribué à la récupération et à la relance, Jaadi a mené le contre, et la défense a dû repousser les attaques égyptiennes. Cette répartition rappelle qu’un doublé appartient au buteur tout en dépendant des partenaires. Le mouvement de Jaadi a créé le centre ; l’anticipation d’El Moutaraji a transformé le rebond ; les interventions de Tagnaouti ont empêché le score de changer.
Les choix de remplacements ont aussi influencé les dernières minutes. Al Ahly a cherché à augmenter son nombre de joueurs offensifs, ce qui a forcé Wydad à défendre plus près de sa surface. Les changements peuvent ajouter une menace mais modifier les équilibres derrière le ballon. Un entraîneur qui fait entrer un attaquant doit parfois accepter de laisser plus d’espace pour les contres. L’adversaire peut alors utiliser ses joueurs rapides pour faire reculer la défense et gagner du temps.
Le match montre également l’importance d’un gardien dans les finales continentales. El Shenawy a effectué l’arrêt initial sur la deuxième action du but d’El Moutaraji, mais n’a pas pu empêcher le rebond. Tagnaouti, lui, a réalisé des arrêts déterminants dans la phase où Al Ahly poussait. Évaluer les gardiens ne se résume pas à un nombre de buts encaissés : la qualité des occasions, le placement et les rebonds doivent être considérés.
Leçons tactiques pour les supporters
La finale propose trois moments faciles à revoir. D’abord, le Wydad en possession avant la pause, pour observer comment le ballon est déplacé autour du bloc. Ensuite, le contre du deuxième but, pour suivre les distances entre le récupérateur, Jaadi et El Moutaraji. Enfin, la période de défense après le 2-0, pour voir les rôles des milieux et du gardien quand Al Ahly engage plus de joueurs vers la surface.
Ce découpage évite de raconter une finale comme une simple succession de faits. Les tactiques évoluent avec le score : à 0-0, chaque équipe cherche à créer une occasion sans se découvrir ; à 1-0, Al Ahly doit prendre plus de risques ; à 2-0, Wydad peut défendre davantage tout en gardant une menace. Le même joueur ne fait pas les mêmes courses dans ces trois états. Une analyse de match gagne à préciser à quel moment elle observe l’équipe.
Pour les équipes amateurs et les jeunes joueurs, le deuxième but donne un exercice sur le suivi de l’action. Après avoir passé le ballon, un attaquant ne doit pas s’arrêter. Il peut continuer vers la surface, anticiper un arrêt ou un dégagement et se préparer à la deuxième balle. Le défenseur doit au contraire savoir qui surveille le porteur et qui couvre l’attaquant qui suit. Ces gestes simples produisent souvent une différence lors des transitions rapides.
Conclusion : un score raconté avec nuance
Wydad a gagné la finale 2022 par deux buts à zéro grâce au doublé d’El Moutaraji. La première période a donné une image de domination en possession, la deuxième a commencé par une transition rapide et la fin a exigé une défense concentrée contre la poussée d’Al Ahly. Ces trois temps dessinent une finale plus riche qu’un résumé centré sur les deux frappes.
Le club marocain a remporté son troisième titre de Ligue des champions de la CAF et empêché Al Ahly de réaliser un troisième sacre consécutif. Le doublé du héros de la soirée s’est construit sur les courses, les passes et la réaction au rebond. Tagnaouti et la défense ont ensuite préservé l’avance. La victoire appartient à Wydad dans son ensemble, même si le nom d’El Moutaraji est à jamais associé à la finale.
La leçon principale tient à l’adaptation. Wydad a utilisé la possession pour contrôler le début du match, puis la transition pour frapper après la pause, avant de défendre son avance lorsque l’adversaire a poussé. Une équipe de finale doit pouvoir changer de comportement sans perdre son identité. En 2022, la combinaison du public, des choix tactiques et des gestes décisifs a permis au Wydad de soulever le trophée à Casablanca.
Pour aller plus loin
Le sacre de Wydad peut se comparer à celui d’Al Ahly en 2024 et au parcours du Pyramids FC lors de son premier titre africain. Pour comprendre les tours et la qualification, lire notre guide sur le format de la Ligue des champions CAF.
Sources officielles : CAF, compte rendu de la finale et des deux buts ; CAF, réaction de Walid Regragui après le titre.
