En novembre 2007, l’Étoile sportive du Sahel a remporté pour la première fois la Ligue des champions de la CAF. Après un nul 0-0 à Sousse, le club tunisien a battu Al Ahly 3-1 au Caire. La performance a mis fin à la domination du géant égyptien dans la compétition et offert à l’Étoile un titre majeur au terme d’une finale où la discipline collective a résisté à la pression d’un stade acquis à l’adversaire.
Le club tunisien avait déjà gagné d’autres compétitions africaines, mais la Ligue des champions lui échappait encore. Le trophée de 2007 a donc couronné un parcours distinct : celui d’une équipe capable de tenir Al Ahly chez elle, puis de le faire douter au retour avant de prendre le contrôle de la rencontre. Cette soirée reste l’un des plus grands souvenirs des supporters de Sousse.
Un premier acte fermé à Sousse
Cette finale se lit aussi dans l’histoire des clubs tunisiens en compétition, notamment celle de l’Espérance de Tunis en Ligue des champions.
La finale s’est disputée en deux manches entre l’Étoile et Al Ahly, deux équipes qui se connaissaient bien. Le match aller, dans le stade de Sousse, s’est terminé sur un score nul et vierge. Les Tunisiens n’avaient pas réussi à prendre l’avantage à domicile, mais ils avaient gardé leur cage inviolée face au club égyptien. La CAF a ensuite rappelé qu’après ce 0-0 à Sousse, l’Étoile avait gagné 3-1 au Caire.
Un match sans but peut sembler décevant, mais il modifie souvent l’équilibre d’une finale aller-retour. Al Ahly repartait avec une chance intacte devant son public. L’Étoile devait, de son côté, éviter qu’un but encaissé au Caire ne rende le retour presque insurmontable. Le club tunisien pouvait s’appuyer sur une défense solide et préparer des transitions rapides pour exploiter les espaces que l’adversaire laisserait en avançant.
Le résultat a aussi donné une importance particulière aux détails. L’Étoile n’avait pas à se découvrir à tout prix chez elle, mais elle ne pouvait pas non plus se contenter d’attendre le match retour sans menace offensive. Al Ahly excellait dans la gestion des grandes affiches et avait l’habitude d’imposer son tempo au Caire. Pour espérer le titre, les Tunisiens devaient résister aux premières vagues et ne pas se laisser submerger par l’atmosphère.
Une finale renversée dans le chaudron du Caire
Le retour a eu lieu le 9 novembre 2007 au stade du Caire. Al Ahly jouait chez lui, devant un public nombreux, avec la possibilité de conquérir un nouveau titre continental. L’Étoile était confrontée à une mission délicate : rester compacte, gérer la pression et profiter de ses temps forts. Ce scénario exigeait une grande lucidité, car une équipe qui ne fait que défendre finit souvent par céder sous la répétition des attaques.
Les Égyptiens ont ouvert le score par Flávio Amado, donnant au stade une raison de croire à un nouveau sacre. L’Étoile n’a pas paniqué. Elle a continué à jouer vers l’avant et a trouvé l’égalisation par Moussa Narry. Le match a ensuite basculé en faveur des visiteurs. Amine Chermiti a inscrit un deuxième but, puis Radhouane Felhi a scellé le score de 3-1.
Au total, l’Étoile l’emportait 3-1 après le 0-0 de Sousse. Elle devenait la première équipe tunisienne à gagner la Ligue des champions sous son nom moderne, et la deuxième équipe du pays à remporter la grande compétition de clubs après le Club africain en 1991. Les palmarès officiels de la CAF confirment l’Étoile parmi les vainqueurs de 2007.
La réaction après le 0-1 a défini le caractère de cette finale. Une équipe qui se contente de protéger un nul à l’extérieur peut s’effondrer dès que l’adversaire ouvre le score. Les joueurs de l’Étoile ont choisi de continuer à chercher le jeu. Leur égalisation a réduit l’élan du public local et changé la pression : Al Ahly devait alors marquer davantage, tandis que les Tunisiens pouvaient accélérer dans les espaces.
La force d’un collectif avant les individualités
Les buteurs ont naturellement marqué les mémoires, mais le succès s’est construit autour d’un groupe qui a su adapter son jeu aux deux matches. À Sousse, le premier objectif était de ne pas concéder à domicile. Au Caire, après l’ouverture du score, il fallait retrouver une organisation offensive sans perdre l’équilibre derrière. L’Étoile n’a pas cherché à imposer la même rencontre dans les deux stades.
Le milieu a joué un rôle essentiel dans cette adaptation. Les joueurs devaient presser Al Ahly lorsque le ballon arrivait dans certaines zones, puis se replier rapidement lorsque les Égyptiens réussissaient à échapper à la première ligne. Dans une finale de ce niveau, un pressing mal coordonné ouvre des couloirs dangereux ; un bloc trop bas donne à l’adversaire le temps de centrer et de choisir ses passes. L’Étoile a trouvé des moments pour avancer, ce qui a empêché Al Ahly de contrôler le match sans inquiétude.
Les défenseurs ont également supporté une pression différente selon les phases. Le stade du Caire poussait l’équipe locale, et chaque ballon dans la surface demandait une décision rapide. Les Tunisiens ont dû rester attentifs aux centres, aux secondes balles et aux coups de pied arrêtés. Ils n’ont pas tout empêché, comme le montre le but de Flávio, mais ils ont évité que la rencontre ne se transforme en siège permanent.
À l’autre bout du terrain, les attaquants ont apporté ce que les finales exigent : de la précision dans des moments rares. Narry a remis son équipe à hauteur, puis Chermiti et Felhi ont converti les opportunités suivantes. Le score final ne traduit pas forcément une domination totale de l’Étoile pendant toute la partie. Il traduit plutôt sa capacité à punir un adversaire qui devait se découvrir.
Mettre fin à la série d’Al Ahly
Al Ahly était alors l’une des institutions les plus imposantes du football de clubs africain. Le club du Caire avait gagné plusieurs éditions de la Ligue des champions et avait remporté les finales 2005 et 2006. En 2007, il pouvait devenir le premier à s’imposer trois fois de suite dans cette compétition. L’Étoile a mis fin à cette série en prenant le trophée chez son adversaire.
Cette victoire ne signifiait pas qu’Al Ahly avait cessé d’être une puissance. Le club a continué à gagner des titres après 2007, et ses conquêtes récentes montrent combien il est difficile de le maintenir longtemps à distance. Notre récit du sacre d’Al Ahly en 2024 permet de voir la continuité de cette ambition, deux décennies après la finale du Caire.
Pour l’Étoile, battre Al Ahly en finale a donné une valeur symbolique particulière au trophée. Le club n’avait pas seulement gagné la compétition : il avait réussi dans l’environnement le plus hostile et contre l’équipe qui incarnait alors la domination continentale. Les supporters pouvaient se souvenir des deux temps du récit, du nul prudent à domicile puis de la réaction au Caire.
La rivalité entre les deux clubs s’est poursuivie au fil des années, notamment dans les compétitions de la CAF. Leurs confrontations ont souvent opposé des équipes familières des grands matches, avec des styles et des environnements très différents. Les histoires de ces finales se répondent : Al Ahly avait battu l’Étoile en 2005, puis les Tunisiens ont pris leur revanche en 2007. Ces résultats montrent que les rapports de force changent, même entre clubs qui reviennent régulièrement au sommet.
Un titre inscrit dans l’histoire des clubs tunisiens
Le football tunisien avait déjà goûté aux grandes victoires continentales. Le Club africain avait remporté la compétition en 1991, puis l’Espérance avait conquis le trophée à plusieurs reprises, dont en 2011. L’Étoile a ajouté une autre identité à cette histoire : celle d’un club de Sousse capable de devenir champion d’Afrique et de s’imposer à l’extérieur contre un adversaire redouté.
Le parcours de l’Espérance en 2011 illustre une autre manière pour un club tunisien de gagner la Ligue des champions, dans une double confrontation face au Wydad. On peut le rapprocher du titre de l’Espérance en 2011 pour mesurer les périodes où les équipes tunisiennes ont su faire valoir leur expérience et leur maîtrise tactique.
Les titres de l’Étoile dans d’autres coupes africaines avaient déjà nourri l’ambition des supporters. Celui de 2007 a toutefois eu un poids à part parce qu’il concerne la compétition la plus prestigieuse des clubs. Il a renforcé la réputation de Sousse comme place forte du football tunisien et donné au club une référence durable pour les générations suivantes.
La conquête a aussi eu une portée pour les joueurs tunisiens évoluant dans le groupe. Gagner une finale au Caire a montré qu’ils pouvaient tenir face aux attentes et à l’environnement d’une grande affiche. Ce type de victoire peut nourrir la confiance des joueurs lorsqu’ils rejoignent ensuite la sélection nationale ou de nouveaux clubs.
Une référence pour les clubs qui veulent gagner à l’extérieur
Le succès de 2007 rappelle qu’une finale continentale se prépare sur deux matches et demande des choix différents selon le lieu. Le 0-0 à Sousse a donné à l’Étoile une base défensive, mais il ne suffisait pas à gagner. Au Caire, l’équipe a dû accepter d’attaquer après avoir encaissé un but, puis convertir ses occasions avec sang-froid. Le plan n’était pas de subir indéfiniment ; il consistait à rester dans le match jusqu’à trouver le bon moment.
Pour les clubs d’aujourd’hui, la Ligue des champions est devenue plus exigeante sur le plan logistique et commercial. Les déplacements, les obligations de calendrier, les effectifs élargis et la diffusion mondiale changent les conditions de préparation. Notre guide explique le format de la Ligue des champions de la CAF et ses qualifications, qui permet de situer la formule actuelle par rapport à celle de 2007.
L’histoire de l’Étoile montre néanmoins que les éléments essentiels restent reconnaissables : cohésion, gestion émotionnelle, défense attentive et capacité à saisir les occasions. Les moyens financiers et la profondeur de banc pèsent, mais un club bien préparé peut déplacer la pression sur le favori et profiter de ses hésitations. En 2007, l’Étoile a su utiliser le but encaissé pour relancer sa finale, au lieu d’en faire le point de rupture.
Pourquoi la soirée du Caire reste inoubliable
Le triomphe de l’Étoile du Sahel a eu lieu dans des circonstances rares : un nul vierge à l’aller, une ouverture du score adverse au retour, puis trois buts tunisiens dans le stade d’Al Ahly. Le 3-1 a offert au club son premier trophée de Ligue des champions et stoppé une série qui semblait destinée à prolonger la domination égyptienne.
Les chiffres sont simples, mais le chemin a demandé beaucoup de maîtrise : 0-0 à Sousse, 3-1 au Caire. Le premier résultat avait préservé l’espoir ; le second a transformé cet espoir en titre. L’Étoile a prouvé qu’elle pouvait défendre sans se résigner et attaquer sans perdre son équilibre.
Près de deux décennies plus tard, les supporters associent toujours cette finale à une soirée où le scénario a échappé au favori. Le club de Sousse a quitté Le Caire avec la plus grande récompense du continent, après avoir battu l’équipe qui l’avait empêché de la gagner deux ans auparavant. Cette victoire a inscrit l’Étoile parmi les champions de la CAF et demeure un repère du football tunisien et africain.
